à l'envi

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La ronde d'octobre 2019: épreuve(s)

Pour la ronde, un sujet commun est choisi, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde. Elle tourne tous les deux mois et chaque fois nous étourdit.

 

Le thème de notre ronde, ce mois-ci, est  épreuve(s)...

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 

Métronomiques, Dominique H. écrit chez

Éclectique et Dilettante, Marie-Noëlle chez

le portrait inconscient, Giovanni chez

à l’envi, Franck (ici!) chez

talipo, Noël chez

Promenades en Ailleurs, Marie-Christine chez

jfrisch, la vie de Joseph Frisch, Jacques chez

la distance au personnage, DA chez
Dominique H., donc...
 

 

 

 J'ai le grand plaisir d'accueillir Giovanni et je remercie Noël qui édite mon texte sur son blog talipo

 

Cette beauté provisoire de la vie

 

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Député socialiste lors de la première législature républicaine, mon père se confronta à de nombreuses « épreuves » en mettant dans son mandat autant d’enthousiasme que d’expérience de la loi, notamment du droit administratif. Apprécié vivement par ses collègues ainsi que par les leaders de son parti, il n’eut pourtant pas de chance avec son collège électoral de Grosseto en Toscane, frappé par le succès parallèle du Parti communiste.  Donc, il ne fut pas réélu aux élections politiques de 1953. Accompagné pour le reste de sa vie par cette blessure non cicatrisable, il ne cessa pour autant de couver le désir de rentrer un jour proche dans la vie politique active, sa véritable vocation. Cependant, il refusa courageusement tout rôle grégaire dans son parti et repartit à zéro. Ou alors, comme le disait notre regretté Massimo Troisi, il recommença par trois. https://www.youtube.com/watch?v=oR-hJAxr0uU.

Un : il pouvait exercer l’activité professionnelle d’avocat civil. Deux : il avait à son côté une femme exceptionnelle, qui  pendant des années, toujours avec le sourire, porta sur ses épaules une partie considérable du poids économique de la nouvelle situation. Trois : tout en ayant une profonde passion pour la musique, alimentée par une longue fréquentation du violoncelle, mon père était un grand photographe ainsi qu’un infatigable chauffeur.

 

 

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En découvrant ses vieux films enroulés, dont la plupart des images, jugées moins bonnes, n’avaient pas été imprimées, je me suis moi-même engagé dans l’épreuve, difficile sinon impossible, de récupérer, mettre en valeur et garder la mémoire de ce qui a existé et ce serait dommage de perdre.

Mon père avait un talent naturel pour les portraits. Cependant, il ne se jugeait pas immortel : il voyait bien claire devant lui la précarité de toute existence. Voilà pourquoi il se sentait obligé d’exprimer à chaque déclic son immense gratitude à la divinité invisible qui protégeait notre famille. Sinon, il partageait avec ma mère une idée toute spartiate, mais absolue, de la beauté  qu’on ne doit pas trahir. Il s’agissait en même temps de la beauté des choses et de la beauté de la vie.

Moi, je pourrais ajouter d’autres évidences que ces épreuves révèlent : non seulement le sentiment commun d’une famille heureuse et pourtant consciente d’être menacée par les brusques allures du monde. J’y vois déjà tracées ou même sculptées les épreuves que chacun de nous devra endurer tout au long de sa vie future.

 

 

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Après les épreuves que nos parents durent affronter, chacun de nous en a enduré. Suivant des pistes apparemment  différentes, se liant à des noms de personnes et de lieux bien éloignés les uns des autres. Et pourtant j’y reconnais un destin commun, une  sensibilité tout à fait particulière, où les idiosyncrasies et les mythologies s’entrelacent en un écheveau impossible à démêler. Certes, on était très soudé et nos dates de naissance ne pouvaient être plus proches :  ma sœur Barberina est née le 27.2.1944, suivie par moi le 16.10.1945 et par mon frère Francesco le 20.7.1947. Cependant, cette beauté provisoire de la vie que mon père a su immortaliser en quelques déclics — révélant un geste heureux ou la parution soudaine d’un rayon de soleil — fait désormais partie de notre ADN et finalement de notre essence vitale commune.

 



15/10/2019
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