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Paysage(s): la ronde de janvier 2018

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La ronde, un sujet commun, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde.

 

Le thème de notre notre ronde, ce mois-ci, est  paysage(s)...

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
chez Dominique H. :
 

 

 
J'ai donc l'honneur, le privilège, le grand plaisir d'accueillir Giovanni et ses paysages d'Italie...
 
 
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Giovanni Merloni, Paysage en voyage, 2018

 
 
 

Quy a-t-il de beau en une montagne empruntant sa forme à la pluie, au vent et à la neige ?

 

Qu’il soit grand ou petit, beau ou laid, un paysage reviendra toujours à ce que nous saurons en dire et raconter. En fin de compte, sa description sera aussi importante que son essence.

D’ailleurs, la richesse de la description d’un paysage — s’échouant inévitablement sur un jugement subjectif et personnel qui devra forcément se confronter avec des jugements collectifs basés sur un ensemble de critères codifiés par la culture dominante — est aussi importante que la richesse du paysage même.

Donc, pour être en mesure d’apprécier un paysage, il faut savoir en parler, d’abord intérieurement, avec nous-mêmes. Le paysage se présente en fait devant nous comme un plat dont on est appelé à reconnaître les ingrédients et deviner les saveurs même avant de porter la fourchette à la bouche.

Cependant, chaque fois que nous nous aventurons dans le monde qui nous entoure, nous risquons de cogner contre l’émotion tout à fait inattendue d’un paysage changé, ou d’un paysage nouveau qui se présente à nos yeux sous une apparence inquiétante ou même embarrassante sinon carrément effrayante…

Heureusement, la culture de chaque pays vient au secours de ses citoyens en leur proposant une méthode bien expérimentée pour se défendre par exemple du choc d’une banlieue désolante ou détruite ou à l’opposé pour fixer dans la mémoire la soudaine beauté d’une vallée entourée de montagnes ou alors l’éclat d’une falaise se précipitant abruptement sur la mer…

Dans le jugement de chaque paysage est toujours présente l’idée d’une hiérarchie qui descend de « magnifique », « beau » ou « agréable » jusqu’à « désagréable » :

— Le panorama de la vallée de Cortina d’Ampezzo depuis la route descendant du pas Falzarego, aurait susurré mon père, est d’une beauté qui enlève le souffle !

— Lorsque je me suis accoudée pour la première fois sur le paysage du lungotevere depuis l’atelier d’un ami peintre rue Sant’Onofrio sur les flancs du Gianicolo, dit un jour Marina, une de mes camarades de l’université. D’en haut de cette fenêtre, j’ai eu la vive sensation d’être frappée par un poing sur l’estomac !

— Au couchant, après la pluie, m’écrivit un ami qui voulait m’inviter à Paris, la Tour Eiffel s’est détachée soudainement contre le ciel, avant de se rapprocher de moi, telle une dame élégante au sourire plein de promesses…

Chaque paysage s’enrichit au fur et à mesure de notre observation attentive, ou alors il s’appauvrit si notre regard paresseux devient distrait… Pourtant — en dépit des changements qui s’y produisent imperceptiblement et sans cesse —, ce paysage demeure toujours, indifférent à notre passage, dans une hypothèse d’éternité… tout en étant prêt à harceler notre âme sensible et fantaisiste.

Tandis que je le traverse, le paysage change continuellement autour de moi. C’est un paysage inoubliable, ce que je vois couler derrière la fenêtre d’une ambulance tout comme celui que j’observe dans un tableau de Mario Sironi ou depuis la tour des Asinelli à Bologne.

Pendant cette traversée infinie, il ne faut pas négliger le « syndrome de Stendhal » dont je pourrais être saisi en observant la montée de la marée qu’en quelques minutes transforme Mont Saint-Michel en île…

Je découvre alors qu’un paysage s’adapte très bien à la taille et aux couleurs figées d’une carte postale, et qu’il peut assumer aussi la force menaçante d’une intempérie !

Sinon, il serait intéressant d’évaluer en quelle mesure les transformations apportées au paysage par le travail de l’homme contribuent à la beauté du paysage même.

Pendant une inoubliable journée sur la côte d’Amalfi, un ami de mon père — qui avait écrit le sujet et le scénario d’un film célèbre avec Vittorio De Sica et Gina Lollobrigida (1) — scandalisa tout le monde avec une phrase péremptoire que personne n’osait partager.

« Qu’y a-t-il de beau en une montagne empruntant sa forme à la pluie, au vent et à la neige ? avait-il crié. Un paysage nu et sauvage, où l’on ne peut pas identifier la trace de la main de l’homme, ne m’intéresse pas du tout ! J’aime au contraire la nature maîtrisée par le génie des hommes ! Amalfi et sa casbah inextricable valent mille fois mieux qu’un promontoire inaccessible, à pic dans l’eau ! »

Il s’agissait bien sûr d’une provocation. Quel paysage demeure intègre dans sa forme originelle ? Quel paysage sortira indemne de la manipulation — bénéfique ou maléfique — d’êtres humains seuls ou associés ?

Pour conclure, en parlant de paysage (et de paysages) il est presque inévitable qu’on sorte du thème et du paysage même avec la conscience de ne jamais être à la hauteur de la tâche d’en décrire les contours ou les couleurs… Parce que le paysage est la vie même : le paysage de tous les jours c’est la vie au jour le jour, tandis que celui que nous voyons pour la première fois pendant des vacances heureuses c’est un paysage extraordinaire qui ne nous appartiendra jamais….

En octobre 2000, ma femme vint me récupérer après un séjour de presque dix jours dans une clinique romaine où j’avais assisté à bien de souffrances ainsi qu’aux petites joies que peuvent déclencher l’envie de vivre et la solidarité humaines. En peu de temps, on s’habitue à ces quatre murs et l’on s’affectionne même à cette étrange communauté où le sourire est la seule arme pour survivre… et l’on oublie qu’au-delà du grand escalier et du hall d’en bas (dont nous gardons le vague souvenir d’un froid sinistre), une banlieue laide et anonyme se réjouit de son indifférence, tel un immense terrain vague…

Toujours est-il que lorsque la voiture se mit à courir, en cette matinée de soleil et de brise légère, je découvris dans la lumière nette qui caressait les maisons et les arbres se détachant contre le ciel la quintessence de la beauté ! Une beauté qui venait à ma rencontre comme une gifle affectueuse ou un cadeau.

 

Giovanni Merloni

 

(1) Ettore Maria Margadonna : « Pain, Amour et Fantaisie » (1953)


15/01/2018
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Lettre(s): la ronde de Novembre 2017

https://static.blog4ever.com/2016/06/819758/artfichier_819758_7341770_201709082836789.jpgLalala mine de rien, la voilà qui revient...

 

La ronde, un sujet commun, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde.

 

Le thème de notre notre ronde, ce mois-ci, est  lettre(s)...

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 

Marie Christine :​

https://mariechristinegrimard.wordpress.com/2017/11/15/la-ronde-du-15-novembre-lettres/

 
 
 
 
 
 
Franck (c'est ici!) : http://www.blog4ever.com/gestion/articles/composer/12320108
 
 
 
 
​Dominique H : ​

https://hadominique75.wordpress.com/2017/11/15/la-ronde-du-15-novembre-avec-lettres-comme-theme/

 

 
J'ai donc l'honneur, le privilège, le grand plaisir d'accueillir Jacques et ses lettres...
 
 
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28 août
 
La journée a été dure comme c’était prévisible : une fois de plus tu as tenu le meilleur rôle ! Tout le monde a fait cercle autour de toi, les gens étaient très gentils, aimables et attentionnés : comme ils ne pouvaient plus te parler, pour une fois ils sont venus me voir : « cette pauvre Sonia, quelle belle vie malgré tout/elle a été très courageuse/personne n’a rien su pendant des mois/quelle cérémonie magnifique /etc. »
 
J’ai été très poli et patient avec eux je t’assure, tu aurais été fière, très gentil moi aussi, on m’a dit dans l’après-midi qu’on allait me remettre l’urne dans quelques jours. Tout ça a finalement duré des heures et des heures, et le soir j’étais seul enfin sur la digue à Herville, les nuages gris étaient comme ourlés d’un givre doré, puis le ciel de cette fin d’été s’est lentement éteint, je pouvais enfin te retrouver, me retrouver. Tranquille et fatigué comme nous l’étions très souvent toi et moi en semaine. Presque rien de nouveau en somme.
 
29 août
 
Réveil difficile, l’impression d’avoir la bouche pleine de farine, ou plutôt d’une sorte de pâte crue qui m’encombrait. Quand ça allait encore bien, tu disais qu’il te restait plein de choses à faire, je reprends ta phrase à mon compte.
 
Comme on ne peut plus se parler je t’écris. Pas ouvert l’ordinateur ou la radio, juste écouté du jazz : Cécile McLorin Salvant , histoire de nous souvenir du concert de Lorient, je crois que c’était en mai 14.
 
La voix humaine donc : un piano, la batterie, mais la voix tient la meilleure part dans le disque , c’est toujours le plus bel instrument du monde. Pendant que la musique me lavait l’âme, je feuilletais le livre de Sarah Moon.
 
Avec un peu d’alcool, ce goût de farine disparaît finalement.
 
8 septembre
 
Silence, les premières feuilles au sol, et de la même manière beaucoup de papiers et de lettres sont arrivés et j’ouvrirai tout ça plus tard. Vers dix heures j’ai ouvert l’urne au dessus du ruisseau et tu t’es envolée vers le large, dissoute. Besoin accru de solitude. Ce soir je me suis baigné, j’ai dormi ensuite à l’abri des dunes et me suis réveillé à la nuit tombée; le ciel était traversé d’étoiles filantes et pour la première fois il m’a paru rose, ce qui est matériellement impossible. J’ai marché dans cette lumière improbable jusqu’au Bouffay, la conscience tranquille.
 
13 septembre
 
J’ai repris le travail, cahin-caha . Je suis allé au Palais comme chaque lundi pour une audience banale. Juger c’est passer au crible le caniveau et l’ordure, tout voir, tout entendre surtout, du grand spectacle pour de très petites décisions, toutes prévues par le Code. Les gens m’ont épargné un moment, très prévenants ce premier jour, mais bien sûr tout continuera. La vie habituelle et rassurante. À la maison, toujours pas ouvert l’ordinateur ; impossible pour moi de lire ce qu’on dit de toi, les hommages, tes amis, des messages, les insupportables réseaux sociaux, L’engouement et l’oubli également inépuisables des journalistes.
 
Eux qui parlent à tort et à travers, et moi je ne parlais pas assez à ton goût, c’est juste, mais souviens-toi nous savions à quoi nous en tenir sur la parole humaine.
 
Encore de la musique.
 
22 septembre
 
Hier équinoxe, marée de coefficient 103 le vent s’est calmé vers 17 heures puis une heure de grâce dans le bourdonnement des abeilles près du fil de linge.
 
30 septembre
 
J’ai fini par ouvrir l’ordinateur, j’ai vu tous les messages et j’ai refermé. En écoutant un concert de jazz en direct je me suis endormi sur le canapé de la chambre des enfants, j’ai fait un drôle de rêve : une épidémie ravageait le monde, transportée par les avions et moi j’étais à la porte de l’aéroport chargé de trier les passagers dans l’urgence , puis de les conduire dans un autobus à pleine vitesse vers un tunnel donc je savais bien qu’il était beaucoup trop étroit pour le véhicule, un peu comme un pavillon de clarinette . J’ai fini la nuit dans notre chambre, au pied du lit des piles de livres que nous partagions et des dossiers d’instruction (…)
 

 
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16/11/2017
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Impressions d'automne

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Lac Cabot, Québec, le 09 Octobre 2017


11/10/2017
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La ronde de Septembre 2017

Une nouvelle ronde en perspective...

 

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La ronde, un sujet commun, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde.

 

Le thème de notre notre ronde, ce mois-ci, est  accent(s)...

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 

Dominique H chez Elise https://mmesi.blogspot.fr
Elise chez Hélène http://simultanees.blogspot.fr
Hélène chez Noel http://cluster015.ovh.net/~talipo/
Noel chez Dominique A https://dom-a.blogspot.fr
Dominique A chez Marie Noelle https://ladilettante1965.blogspot.fr
Marie Noelle chez Marie Christine https://mariechristinegrimard.wordpress.com
Marie Christine chez moi http://alenvi.blog4ever.com/articles
moi chez Jacques https://jfrisch.wordpress.com
Jacques chez Giovanni https://leportraitinconscient.com/
Giovanni chez Dominique H https://hadominique75.wordpress.com/

 

 
 

J'ai le plaisir de recevoir Marie-Christine et la chance d'écrire sur le blog de Jacques que je remercie pour son accueil amical.

 

Accents
 
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Parfois les rêves se réalisent, parfois ils restent inaccessibles.
Paul ne le sait que trop bien. Malgré les efforts consentis pour se départir de son accent, il lui revient toujours comme un boomerang lorsqu’il se laisse déborder par ses émotions. Son rêve d’intégrer le théâtre français est resté au point mort à cause de son accent albigeois, il ne compte plus les auditions où on lui a ri au nez à la fin de ses tirades…
Ce soir, c’est son dernier espoir de jouer Tartuffe. Le jury est composé de cinq hommes et une femme entourant le metteur en scène tchèque qui monte le Tartuffe pour le prochain festival de Rocamadour. Il se lance :

« Ah,! pour être Dévot, je n’en suis pas moins homme
Et lorsqu’on vient à voir vos célestes appas,
Un cœur se laisse prendre, et ne raisonne pas.
Je sais qu’un tel discours de moi paraît étrange
Mais, Madame, après tout, je ne suis pas un ange… »

Il a dérapé sur « étrange » et sur « ange », rattrapé par son émotion et son accent. Une fois encore !
Le metteur en scène lève le bras, les doigts écartés en signe de réprobation. Il a déjà vu tant de mains se lever ainsi pour interrompre ses tirades. Il craque, s’avance au bord de la scène et déclame :

Accent circonflexe heureux d'être complexe
Accent grave aux airs de dilettante à la rondeur lascive et concave
Accent aigu flottant sur son e comme un pot suspendu
Accent québécois traînant ses syllabes dans le sirop d'érable
Accent tonique écrasant la rhétorique à s’en écorcher les oreilles
Accent du midi chantant et caressant les mots de sa nonchalance
Accent chti mystérieusement nébuleux comme le brouillard du Nord
Accent lyonnais de Guignol et de Gnafron, à l’intonation éternellement étonnée
Accent marseillais épicé aux saveurs de Méditerranée
Accent toulousain roulant son torrent rouge brique
Accent méridional au parfum de cigales
Accent albigeois qui alourdit ma voix
Accent de n'importe-où, accents d'ailleurs et de partout

Avoir l'accent de son pays c'est transporter avec soi le souvenir de la terre qui vous a enfanté, c’est laisser l’émotion sortir de sa coquille, c’est reprendre sa liberté, c’est réveiller l’enfant qui dormait derrière la cascade.

Le metteur en scène a baissé le bras, le jury est toute ouïe, figé dans un silence absolu. On n’entend que le grincement des planches sous ses pieds. Paul lève les yeux vers les cintres, met les mains en portevoix et crie aux limbes

"L'accent, c'est pas dans la gorge des uns, c'est dans l'oreille des autres !" a dit Plume Latraverse

Silence dans la salle. Les yeux des membres du jury sont fixés sur lui. Pas un cil ne bouge.
Paul finit sa tirade, d’une voix pâle, monocorde, sans aucun accent.

Peu m’importe que vous refusiez ma différence, peu m’importe que vous n’entendiez pas la
Garonne qui roule sur ma langue, peu m’importe que vous préfériez le mensonge d’une voix
formatée à la vérité de mon accent.

Silence.

Le metteur en scène se lève. Paul, du coin de l’œil, le voit faire le tour de la table.
Il tombe à genoux et reprend son accent pour hurler :

Même si vous ne m’entendez pas, je crierai mes mots sur les toits, j’irai les cracher sur vos tombes.
Malgré vous, je donnerai à ma vie des accents de joie !

Silence.

Un ange passe sous ses paupières closes.
On entendrait un accent circonflexe tomber de la cime dans l’abîme.
Paul se relève, les paupières baissées il attend le verdict négatif tant de fois entendu.

Deux mains saisissent les siennes, le metteur en scène lui tape sur l’épaule, tout sourire, et dit :

« J’aime l’originalité de votre approche !
Parfait, les répétitions commencent demain à 7 heure, je compte sur vous pour apporter un peu de sang frais à ce vieux Tartuffe ! ».

15/09/2017
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La ronde de Juin 2017

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La ronde, un sujet commun, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde.

 

Le thème de notre notre ronde, ce mois-ci, est  parfum...

 

 

J'ai le plaisir de recevoir Jean-Pierre et la chance d'écrire sur le blog de Marie Christine que je remercie pour son chaleureux accueil.

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 

Élise 
 
chez Dominique H. 
 
Giovanni
 
Hélène
 
Jacques
 
Jean-Pierre
 
Franck (ici!)
 
Marie-Christine
 
Guy
 
Noël
 
Dominique A.
 

 

 

Le parfum selon Jean-Pierre:

 

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Circulation intense, axes invisibles et accidents multiples.

 

Le soleil au zénith transmute les pétales et sépales des iris en bandes et volutes de soie que le vent déroule dans le contre-jour recherché par l’œil de l’observateur. Des enveloppes diaphanes des anciens réceptacles floraux fanés crissent légèrement lors du frottement des tiges. Il est midi, je tire et croque quelques menues et coriaces feuilles de romarin que je mâchouille et un sentiment de plénitude submerge ma pensée.

A quelques pas, balancées par une brise tiède les multiples corolles rosées et safranées d’une pivoine arbustive éclaboussent la roche d’arrière plan d’ocelles étoilées, la magie du mouvement et des couleurs opère : le jardin devient simultanément toile impressionniste et vitrail contemporain abstrait. Curieusement je suis transporté d’un coup dans le jardin de ma grand-mère à Pierrefonds, vers mes sept ans, dans une allée bordée d’œillets et roses d’Inde, le jaune pâle orangé de la pivoine a laissé place à cet autre orange vif des tagetes.

Parfois c’est le froissement recherché d’une feuille de ces annuelles qui me transfère d’emblée dans ce jardin pétrifontain. Alors cet autre sens non encore évoqué se met en branle et s’identifient les senteurs et parfums des plantes énumérées. Ce ne sont plus les sensations auditives, visuelles, tactiles et gustatives qui s’affrontent, elles s’atténuent et font place à toutes odeurs. Sous l’effet de la chaleur estivale et des vents porteurs circulent en masse des molécules odorantes. Un fond chocolaté ondule sur la plate-bande d’iris, onctueux et mousseux, puis interfère, venu de la roche voisine un subtil mélange vert, fruité et surtout hespéridé des pivoines. Le tout entre en vibration olfactive et s’entrechoque, se renforce ou s’annihile en fonction de la force des courants d’air que brassent deux cierges de cupressus. Des vers de Baudelaire, d’Ovide et de bien d’autres poètes me reviennent, se fondent et confondent ; je refuse le tri et même la recherche d’autres sources car j’ai trop en tête et en cœur sur ce fond parfumé. Un nouveau parfum est né, non une création mais une récréation.

Que la fin n’en soit sifflée, là est mon seul désir momentané !

 

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14/06/2017
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