à l'envi

à l'envi

La mort de Tintin

Cent fois frôlée,...

 

Capture d’écran 2020-01-05 à 18.16.12.png

 

Capture d’écran 2020-01-05 à 18.18.25.png

 

Capture d’écran 2020-01-05 à 18.21.02.png

 

Capture d’écran 2020-01-05 à 18.25.16.png

 

... je l'ai finalement trouvée, par hasard, sur un cliché de 1936. La houppe est là, le visage est dans l'ombre oú seule l'oreille droite est comme éclairée, les yeux déjà fermés pour l'éternité mais le corps, en retard, tarde à s'affaisser,  en une chute amorcée mais jamais accomplie. Les nuages dans le ciel lourd sont menaçants comme les chaumes hirsutes qui tapissent le champ. Tintin aurait pu être un de ces soldats de l'Internationale venus soutenir la lutte contre la dictature fasciste, comme le fit un autre reporter,  Hemingway...

 

 Capa_Death_of_a_Loyalist_Soldier.jpg

 

 

 

 


05/01/2020
0 Poster un commentaire

La ronde d'octobre 2019: épreuve(s)

Pour la ronde, un sujet commun est choisi, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde. Elle tourne tous les deux mois et chaque fois nous étourdit.

 

Le thème de notre ronde, ce mois-ci, est  épreuve(s)...

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 

Métronomiques, Dominique H. écrit chez

Éclectique et Dilettante, Marie-Noëlle chez

le portrait inconscient, Giovanni chez

à l’envi, Franck (ici!) chez

talipo, Noël chez

Promenades en Ailleurs, Marie-Christine chez

jfrisch, la vie de Joseph Frisch, Jacques chez

la distance au personnage, DA chez
Dominique H., donc...
 

 

 

 J'ai le grand plaisir d'accueillir Giovanni et je remercie Noël qui édite mon texte sur son blog talipo

 

Cette beauté provisoire de la vie

 

001_via boncompagni 1 négative JPEG.jpg

 

002_via boncompagni 1 positive JPEG.jpg

 

Député socialiste lors de la première législature républicaine, mon père se confronta à de nombreuses « épreuves » en mettant dans son mandat autant d’enthousiasme que d’expérience de la loi, notamment du droit administratif. Apprécié vivement par ses collègues ainsi que par les leaders de son parti, il n’eut pourtant pas de chance avec son collège électoral de Grosseto en Toscane, frappé par le succès parallèle du Parti communiste.  Donc, il ne fut pas réélu aux élections politiques de 1953. Accompagné pour le reste de sa vie par cette blessure non cicatrisable, il ne cessa pour autant de couver le désir de rentrer un jour proche dans la vie politique active, sa véritable vocation. Cependant, il refusa courageusement tout rôle grégaire dans son parti et repartit à zéro. Ou alors, comme le disait notre regretté Massimo Troisi, il recommença par trois. https://www.youtube.com/watch?v=oR-hJAxr0uU.

Un : il pouvait exercer l’activité professionnelle d’avocat civil. Deux : il avait à son côté une femme exceptionnelle, qui  pendant des années, toujours avec le sourire, porta sur ses épaules une partie considérable du poids économique de la nouvelle situation. Trois : tout en ayant une profonde passion pour la musique, alimentée par une longue fréquentation du violoncelle, mon père était un grand photographe ainsi qu’un infatigable chauffeur.

 

 

003_via boncompagni 2 négative JPEG.jpeg

 

004_via boncompagni 2 positive JPEG.jpeg

 

En découvrant ses vieux films enroulés, dont la plupart des images, jugées moins bonnes, n’avaient pas été imprimées, je me suis moi-même engagé dans l’épreuve, difficile sinon impossible, de récupérer, mettre en valeur et garder la mémoire de ce qui a existé et ce serait dommage de perdre.

Mon père avait un talent naturel pour les portraits. Cependant, il ne se jugeait pas immortel : il voyait bien claire devant lui la précarité de toute existence. Voilà pourquoi il se sentait obligé d’exprimer à chaque déclic son immense gratitude à la divinité invisible qui protégeait notre famille. Sinon, il partageait avec ma mère une idée toute spartiate, mais absolue, de la beauté  qu’on ne doit pas trahir. Il s’agissait en même temps de la beauté des choses et de la beauté de la vie.

Moi, je pourrais ajouter d’autres évidences que ces épreuves révèlent : non seulement le sentiment commun d’une famille heureuse et pourtant consciente d’être menacée par les brusques allures du monde. J’y vois déjà tracées ou même sculptées les épreuves que chacun de nous devra endurer tout au long de sa vie future.

 

 

005_mura négative JPEG.jpeg

 

006_mura positive JPEG.jpeg

 

Après les épreuves que nos parents durent affronter, chacun de nous en a enduré. Suivant des pistes apparemment  différentes, se liant à des noms de personnes et de lieux bien éloignés les uns des autres. Et pourtant j’y reconnais un destin commun, une  sensibilité tout à fait particulière, où les idiosyncrasies et les mythologies s’entrelacent en un écheveau impossible à démêler. Certes, on était très soudé et nos dates de naissance ne pouvaient être plus proches :  ma sœur Barberina est née le 27.2.1944, suivie par moi le 16.10.1945 et par mon frère Francesco le 20.7.1947. Cependant, cette beauté provisoire de la vie que mon père a su immortaliser en quelques déclics — révélant un geste heureux ou la parution soudaine d’un rayon de soleil — fait désormais partie de notre ADN et finalement de notre essence vitale commune.

 


15/10/2019
2 Poster un commentaire

La ronde de Mai 2019: désir(s)

Pour la ronde, un sujet commun est choisi, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde. Elle tourne tous les deux mois et chaque fois nous étourdit.

 

Le thème de notre ronde, ce mois-ci, est  désir(s)...

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 

Hélène écrit chez Marie-Noëlle qui écrit chez Dominique H. qui écrit chez  Noël B. qui écrit chez  Guy D. qui écrit, ainsi que Jacques d'A. chez Franck (ici)  alors que Jean-Pierre B. écrit chez Marie-Christine G. qui écrit chez  Giovanni M. qui écrit chez  Jacques d'A....

 

 

 
J'ai le double plaisir de recevoir aujourd'hui Guy D. et Jacques d'A et je publie ma participation chez Hélène que je remercie pour son accueil bienveillant et amical.
 
 
 Twenty shades of Desire
 
 
Texte et illustration de Guy D.
 
 
Twenty shades of DesireGuyDeflaux.jpg
 
 
 
 
 
 
 
« GERDA 1938 » 
Texte et illustrations de Jacques d'A.
 
 
 
 
IMG_2381.jpeg
 
Auguste ANASTASI Vue de Dordrecht Plume
 
 
village de S[errières]
 
 
Mardi 4 oct.1938
cher F[rançois Lescure 1912-1944]
 
Je suis arrivé à S il y a deux jours, harassé du voyage et de moi même, fatigué, las, dubitatif et je t’en passe, dans un mauvais train glacial, où j’étais presque le seul voyageur. Il a presque gelé ce matin et je suis allé à pied - sept km qd même ! - vers la mer, une grève pâle sans pardon, entre ces grains d’automne qui cravachent les vitres et inondent l’âme. J’ai quitté S[teinbruch] il y a quelques jours, suis passé par Paris voir quelques uns de nos amis communs et me voici en France quand logiquement il vaudrait mieux retourner là bas, se sentir Suisse une fois pour toutes, car après les derniers événements qui sait ce qui nous attend ?? et quelles folies se préparent ? mais tu me connais je marche à contre-courant du temps, je ne devinerai jamais rien, ni aux réactions des gens, ni aux sursauts de l’Europe.
 
Serrières est un de ces villages de l’arrière-côte normande, si simple qu’il n’y a rien ou bien que des regrets: rien à en dire, rien à faire, rien à y chercher : comme la boulangerie et l’épicerie, le téléphone est au village voisin, et permet je suppose de joindre le médecin ou la préfecture. Et maintenant que faire: rêver de partir ? s’y préparer ? J’ai quelques livres pris au hasard et je vis un peu comme un chartreux, entraîné à tout recevoir faute d’avoir quoi que ce soit à donner.
 
Jeudi 6
 
Or j’ai croisé dans le village une hollandaise brune pleine de rires et de rondeurs, et qui paraissait très au goût d'un instituteur de quarante ans, lequel n’entend rien à sa langue et pas plus en anglais. Il lui montre ses ruches qu’il entretient avec le Maire, des photos où il brandit fièrement un essaim crépitant au bout d’une branche, la fille admire, rit beaucoup, mais se moque des deux vieillards. Elle travaillait en mercerie à Coutances, j’ai compris que sa famille s’était retirée de Hollande pour mettre un peu de distance avec l’Allemagne, et joindre l’Amérique par Cherbourg si c’est possible dans les jours qui viennent, le père tenait jusque là un magasin de tableaux à Dordrecht. Nous avons bien parlé, longuement, tard, marché sagement autour du visage dans le soir. Et bizarrement ces retrouvailles d’une conversation féminine m’ont tout regaillardi ! L’automne oui, le vent et la pluie peut être, mais le plaisir de plaire ah oui !!!
 
Samedi 8 oct
 
la nuit je pensais : comment écrire, oh non pas des livres, mais un seul, un brouillon toujours vif et sans couture, élégant, aux petites couches tréfines, lamellées, mots et images rythmées comme des battements de cœur, vivant donc  ce livre c’est bien ce qu’il faut, vivant comme les traces, bave & mucus d’escargots, l’écriture comme une ville complexe aux multiples logettes et facéties que seraient les adjectifs et les goûts divers de la phrase, les syncopes et silences pour se déplacer secrètement et jouer derrière les paravents du langage, comme en jazz articuler des fragments des morceaux comme on peut, comme on arrive autant que possible comme si l’écrire était de première importance
 
Mardi 11 oct
 
C’est idiot mais à la regarder et à l’entendre, cette petite Gerda m’a redonné pour quelques jours, un peu de sel, un peu de cette joie que rien d’autre ne comble, parler en marchant ou assis au salon, écouter, regarder, entendre ce qui se dissimule derrière les mines et les mots, ce qui se cache d’allègre dans la mélancolie, de désespéré dans un sourire, voici qui est plus important que tout. Je fuis les groupes, j’exècre les foules qui gouvernent la folie de l'Histoire, seul m’intéresse l’inconnu à connaître, mais l’un après l'autre, sans témoin, sans lendemain peut être. Solitaire aimant les solitaires (…)
 
Attachment-1.jpeg
 
Mairie-Eglise de Serrières (Manche)

15/05/2019
3 Poster un commentaire

La ronde de Janvier 2019: Musique(s)

Pour la ronde, un sujet commun est choisi, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde. Elle tourne tous les deux mois et chaque fois nous étourdit.

 

Le thème de notre ronde, ce mois-ci, est  musique(s)...

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 


Dominique Hasselmann

 

 

 

 
J'ai le plaisir de recevoir aujourd'hui Marie-Christine et je publie ma participation chez Jean-Pierre que je remercie pour son accueil.
 
A vous Marie-Christine:
 
"

Le voici de nouveau devant cette page blanche…

Inutile d’insister, les mots lui échappent.

Il attrape la thèse qu’on lui a demandé de relire. Autant ne pas perdre son temps puisque l’inspiration n’est pas au rendez-vous. Gagner sa croûte en corrigeant les textes des autres ou en noircissant du papier, payé à la ligne, il en a assez. Mais il ne sait rien faire d’autre. Comme disait sa mère : « tu n’es bon à rien en dehors de tes livres.. » Empiler les petits boulots sans intérêt, corriger des phrases exposant un sujet qui lui est étranger, relire des manuscrits qui feront le succès d’un autre, c’est une torture qu’il s’impose comme s’il voulait se punir d’avoir choisi les lettres plutôt que les chiffres contre la volonté de son père.

Sa vie aurait peut-être été différente s’il avait achevé son stage à la banque de l’oncle Gaston, le frère de sa mère qui avait « réussi ». Ce genre de réussite, bâtie sur l’argent des autres, le dégoûtait. Son père exaspéré par sa démission, l’avait envoyé à l’autre bout du pays pour la cueillette des fruits. Ce qui aurait dû être une punition, se révéla comme la plus belle période de sa vie. Les saisonniers dont il faisait partie, vivant ensemble jours et nuits, formaient une famille éclectique qui aurait déconcerté n’importe quel gosse de son âge. Mais pour la première fois de sa vie, il eut l’impression d’être accepté pour ce qu’il était, qu’on l’écoutait. De fermes en fermes, il avait suivi le groupe d’ouvriers étrangers qui parcouraient le pays en fonction du calendrier des récoltes. C’est là qu’il rencontra Lili, la catalane, à la voix si claire, au regard si bleu…

Deux ans de sa vie si importants pour lui, dont il avait gardé si peu de choses, quelques photos délavées, quelques morceaux de guitare dont la chanson fétiche que Lili lui avait apprise, quelques lettres. La musique rythmait leurs journées, berçait leurs amours, réchauffait leurs nuits. Lili chantait en s’accompagnant à la guitare, lui écrivait les paroles. Elle disait que la musique réunit les peuples et nourrit l’amour. Elle avait un timbre de voix unique, chaud et léger à la fois et un petit accent catalan qui le faisait fondre. Un regard d’elle et il était le roi de la scène.

Tout ceci était bien loin. Il n’avait plus joué pour personne depuis que Lili...

Retour en ville. Seul. Il faut bien gagner sa vie, devenir le spécialiste des petits boulots : de serveur en plongeur, d’écrivain public en correcteur pour maisons d’édition, de coach sportif en prof de français à domicile, accessoirement prof de guitare acoustique pour ado bobo désœuvré. La littérature est un luxe qu’il ne peut plus se permettre. Son roman est en panne, comme sa vie d’ailleurs. Aucune muse ne lui rend plus visite . Au fond, il sait bien qu’il n’a aucun talent, même si on appréciait ses arrangements quand Lili chantait autour du feu, même s’ils avaient un beau succès en faisant la manche en marge des festivals méridionaux. En dehors de ses études de lettres classiques, et de ces quelques années de duos partagés, il n’a rien fait de sa vie, rien d’autre qu’un carnet de chansons.

Enfin presque…

Mais cela personne ne le saura jamais.

Il ouvre la fenêtre, l’air est presque doux ce soir. Il s’approche du garde-corps branlant. Le sol qui brille sous la pluie d’automne paraît si proche. Il serait si simple…

 

Quelques notes de guitare montent du bar du rez-de-chaussée. Le mardi soir, le patron donne sa chance à des jeunes musiciens. Les habitués le savent et viennent encourager les débutants dans une ambiance bon-enfant. Voilà bien longtemps qu’il n’a pas sorti sa guitare. Après tout, ça le distraira un peu. Avant de se laisser le temps de réfléchir, il attrape son étui et descend.

L’ambiance était bonne ce soir, pense-t-il en sortant du bar. On se serait cru dans les seventies, autour du feu.  Il regrette un peu d’être descendu, finalement tous ces sourires lui ont remué le couteau dans la plaie. Le son de sa guitare, les rires de l’assemblée, même les parfums alcoolisés de fin de soirée, tout ceci est si loin et si proche à la fois. Il fait quelques pas sur le trottoir, il va prendre un peu l’air avant de remonter dans son antre, histoire de se laver la tête…

-        Attendez, crie une voix claire derrière lui.

Il se retourne. Un regard franc d’un incroyable bleu le transperce. La jeune femme le dévisage,  l’air interrogateur.

-        Où avez-vous appris le morceau  que vous avez joué en dernier ?

Il hésite à répondre ou à tourner les talons. Cette inconnue au regard effronté l’intimide. Il se sent soudain coupable d’avoir chanté la chanson de Lili, mais après tout c’est aussi « sa » chanson. Et de quoi se mêle cette gamine, à la fin ?

-        Qu’est-ce que ça peut vous faire ? Vous voulez les paroles ? répond-t-il sèchement.

-        Je connais cette chanson, c’est pour ça… répond la jeune femme désappointée par le son hargneux.

-        Et comment pourriez-vous la connaitre puisque c’est moi qui l’ai écrite, continue-t-il de plus en plus en colère.

Il s’approche d’elle, presque menaçant, cherchant à mieux voir son visage à la lumière du réverbère. Ce regard myosotis aux paupières ourlées, lui donne le vertige. Il recule brusquement et se passe une main sur les yeux.

-        Vous ne vous sentez pas bien, s’inquiète la jeune femme. Vous voulez que j’appelle quelqu’un ?

-        Dites-moi comment vous pourriez connaître cette chanson ! insiste-t-il en lui prenant le bras.

-        Oh ça va, réplique-t-elle en se dégageant, ça n’est pas une affaire d’état. Je ne vois pas ce qui vous énerve de la sorte.

-        C’est ma chanson alors vous ne pouvez pas la connaître. Où l’avez-vous entendue ? crie-t-il.

-        Arrêtez à la fin, réplique-t-elle, c’est ma tante Lili qui me l’a chantée, chaque fois que j’étais en vacances chez elle, coincée dans sa compagne pourrie !

-        Lili dites-vous ! Lili, qui est  cette Lili ?

Il est sonné. Elle s’approche, inquiétée par sa pâleur. Il titube puis s’affaisse sur le trottoir, les yeux clos

-        Lili, ma Lili, où es-tu ? murmure-t-il entre ses dents.

-        Remettez-vous, Monsieur, Réveillez-vous implore-t-elle. Vous me faites peur !

Il se redresse un peu groggy, la dévisage et lui dit : « Lili, Ma Lili, tu es revenue ! »

-        Non, moi c’est Julie. Lili c’est ma tante. Vous connaissez ma tante Lili ? demande la jeune fille.

-        Je ne sais pas, je croyais que ma Lili était morte… répond-t-il d’une voix blanche

-        La mienne n’est pas morte, elle élève des chèvres et des brebis dans une campagne perdue du côté du Larzac au milieu des loups. Elle vend des fromages aux herbes que les restaurants réputés de la région s’arrachent. Elle n’a plus beaucoup le temps de faire de la musique, mais quand elle avait un moment, elle passait des heures sur sa guitare, et cette chanson, je l’ai entendue des centaines de fois !

Il se redresse, un peu de couleur revient sur ses joues.

-        Elle vit dans le sud, dit-il. Dans le sud, loin de tout, c’était notre rêve…

-        Seriez-vous Renaud ? demande la jeune fille.

-        Oui, c’est moi répond l’homme.

-         J’ai beaucoup entendu parler de vous, dit-elle soudain souriante. Beaucoup, beaucoup ! Oui, je vous connais. Je croyais que vous étiez un fantôme qu’elle avait inventé pour se rendre intéressante.  Vous êtes son plus grand regret ! Je vous donne son adresse si vous voulez, elle sera très heureuse de vous revoir, je pense !

Il reste muet, écrasé d’émotion. Ses lèvres tremblent. Il regarde sa guitare comme si elle allait lui dicter sa conduite. Elle lui a sauvé la vie ce soir. Il sourit à la jeune fille et hoche la tête, les yeux pleins de larmes, ne pouvant prononcer un mot. Le soleil se lève au bout de l’avenue. Les grands arbres semblent frissonner de plaisir. Il se relève, un sourire au coin des lèvres. Finalement, la journée sera belle.

-        Vous savez jeune fille, Lili disait toujours que même quand la route était très sombre, il y avait toujours quelqu’un au bord du chemin pour vous prêter sa lanterne. Cette nuit, c’était vous, ma lanterne…"

 

ronde janv 19.JPG


13/01/2019
8 Poster un commentaire

La ronde de Novembre 2018 : figure(s)

Pour la ronde, un sujet commun est choisi, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde. Elle tourne tous les deux mois et chaque fois nous étourdit.

 

Le thème de notre ronde, ce mois-ci, est  figure(s)...

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 

 écrit chez
chez
chez
chez
chez
chez
chez
chez
 
vous trouverez ma participation chez Guy en tête de liste, avec qui se ferme la ronde, et que je remercie pour son hospitalité.



Voici la participation (jubilatoire!) de Jacques, YES...:

 

Joseph contre le Dr NO
 
Oui cher Frantz, je n'ai pas besoin d’indulgence et ne vous demande pas de me croire voyez vous, car je suis revenu de la naïveté; autrefois j'ai beaucoup donné de ce côté, par politesse, par accident, ou sans doute parce que je souhaitais séduire et être aimé alors que l’indifférence et l’argent de nos semblables est ce qu'on peut leur demander de mieux, n’est ce pas ? L’anonymat, le silence, ou rien ; voici le cadeau que je demande désormais à l’existence; n’être rien pour vous, ni ennemi, ni ami : une ombre, un passager et rien de plus. 
 
1.JPG
 
Vous ai-je déjà parlé de NO ? Mais cette pièce vide me désole, sortons, tenez : nous marcherons dans ce soleil de novembre par la rue Daubenton, c’est par ici que  je descendais vers la Seine il y a quelques années, passant par l’Ile de la Cité, puis le quai d'Anjou et je revenais par la rue St-Louis en l’Ile, traversant ce qui fut autrefois l’Ile aux Vaches, à la nuit tombée, guettant chaque fenêtre du crépuscule sur Paris je saluais ses lumières et les inconnus, j'imaginais des dialogues, dans ces carrés jaunes des façades, une silhouette dans l'appartement de tel cinquième étage, une repasseuse, un couple près de la radio, un vieillard, ou encore l'épicier qui baissait son rideau métallique. Vous allez me classer comme expert en mélancolie ou spécialiste des fantômes (une ombre n'est-ce pas un peu un fantôme), mais qu’importe !  Puis je revenais, toujours à pied vers saint Placide, et en métro vers le Quinzième et l’impasse Dantzig. L’histoire de NO, c'est donc celle ce double que je m'étais construit par nécessité à cette époque des derniers siècles de mes études, un porte-parole, mieux un ami intelligent, un frère, à qui je confiai un nom, un visage et quelques traits de caractère : ainsi était né dans les années quatre vingt, le Dr NO, petit clin d’oeil à James Bond (1962) ou si vous voulez au théâtre japonais, et au vrai plutôt image timide du refus, de l'Anarchie de l’asocial, du mystérieux voyageur de Charleville que je ressentais si fraternellement en moi et qu’il serait toute ma vie impossible d'exprimer au Palais. Je lui donnais des lunettes, une coiffure émotive, nul prénom, l'air mal réveillé, des difficultés pour sourire, deux mains - pour venir à la barre et plaider à ma place ?- , un nœud papillon pour l’allure générale et parce qu'il faut bien masquer ses misères et ce nez flaccide, beaucoup de colères, de l'humour, le goût de l’ail, du piment, de l’omelette aux champignons, des souvenirs, la haine  de la bêtise, des hurleurs-avec-les-loups, des petits esprits jaloux, spectateurs à moustache du journal télévisé, des lectrices de journaux gratuits, des auditeurs de téléréalité, des gilets jaunes, bonnets rouges, fronts de taureaux et plus généralement de tous ceux que j’avais défendus et dont j’avais en vain cherché l'amour au fil des années quand ce mot là, ce joli mot d'amour leur était absolument incompréhensible.
 
2.jpg
 
 
NO appréciait la nuit d’hiver, le rire et sexe de mes compagnes, les roseaux et les bords de fleuve, et plus que tout au monde, le carré clair des bulles de bandes dessinées : il pensait à Brétécher, Solotareff, Monsieur Teste (tête ? témoin ? ) et surtout Saul Leiter ou Sempé, rêvait d’illustrer d’année en année les couvertures du New Yorker ou de livres pour enfants, et comme lui au moins m’aimait bien, et que mes affaires ne marchaient pas fort, il me jura un jour après deux bouteilles de Chablis qu’il ferait tout son possible pour que Dieu me prenne comme avocat le jour venu. En effet disait-il le Trés Haut aura fort à faire quand il lui faudra expliquer et justifier les millions de morts qu’on fit en son Nom :  une remise de peine n’étant pas possible, mais au moins sauver la tête de Dieu, etc.
 
3.jpg
 
Les années passèrent : NO avait pris sa place à côté des autres amis, puis vint un jour habiter de l’autre côté de la rue, tout près de l’étude. Il faudra que je vous le présente, vous verrez, nous avons nos habitudes dans le matin tout neuf, au comptoir de ce café portugais du coin de la Gaité et du Boulevard Quinet : « la Liberté ».
 
4.jpeg

 

 

 

 


15/11/2018
3 Poster un commentaire