à l'envi

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La ronde de Mai 2019: désir(s)

Pour la ronde, un sujet commun est choisi, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde. Elle tourne tous les deux mois et chaque fois nous étourdit.

 

Le thème de notre ronde, ce mois-ci, est  désir(s)...

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 

Hélène écrit chez Marie-Noëlle qui écrit chez Dominique H. qui écrit chez  Noël B. qui écrit chez  Guy D. qui écrit, ainsi que Jacques d'A. chez Franck (ici)  alors que Jean-Pierre B. écrit chez Marie-Christine G. qui écrit chez  Giovanni M. qui écrit chez  Jacques d'A....

 

 

 
J'ai le double plaisir de recevoir aujourd'hui Guy D. et Jacques d'A et je publie ma participation chez Hélène que je remercie pour son accueil bienveillant et amical.
 
 
 Twenty shades of Desire
 
 
Texte et illustration de Guy D.
 
 
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« GERDA 1938 » 
Texte et illustrations de Jacques d'A.
 
 
 
 
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Auguste ANASTASI Vue de Dordrecht Plume
 
 
village de S[errières]
 
 
Mardi 4 oct.1938
cher F[rançois Lescure 1912-1944]
 
Je suis arrivé à S il y a deux jours, harassé du voyage et de moi même, fatigué, las, dubitatif et je t’en passe, dans un mauvais train glacial, où j’étais presque le seul voyageur. Il a presque gelé ce matin et je suis allé à pied - sept km qd même ! - vers la mer, une grève pâle sans pardon, entre ces grains d’automne qui cravachent les vitres et inondent l’âme. J’ai quitté S[teinbruch] il y a quelques jours, suis passé par Paris voir quelques uns de nos amis communs et me voici en France quand logiquement il vaudrait mieux retourner là bas, se sentir Suisse une fois pour toutes, car après les derniers événements qui sait ce qui nous attend ?? et quelles folies se préparent ? mais tu me connais je marche à contre-courant du temps, je ne devinerai jamais rien, ni aux réactions des gens, ni aux sursauts de l’Europe.
 
Serrières est un de ces villages de l’arrière-côte normande, si simple qu’il n’y a rien ou bien que des regrets: rien à en dire, rien à faire, rien à y chercher : comme la boulangerie et l’épicerie, le téléphone est au village voisin, et permet je suppose de joindre le médecin ou la préfecture. Et maintenant que faire: rêver de partir ? s’y préparer ? J’ai quelques livres pris au hasard et je vis un peu comme un chartreux, entraîné à tout recevoir faute d’avoir quoi que ce soit à donner.
 
Jeudi 6
 
Or j’ai croisé dans le village une hollandaise brune pleine de rires et de rondeurs, et qui paraissait très au goût d'un instituteur de quarante ans, lequel n’entend rien à sa langue et pas plus en anglais. Il lui montre ses ruches qu’il entretient avec le Maire, des photos où il brandit fièrement un essaim crépitant au bout d’une branche, la fille admire, rit beaucoup, mais se moque des deux vieillards. Elle travaillait en mercerie à Coutances, j’ai compris que sa famille s’était retirée de Hollande pour mettre un peu de distance avec l’Allemagne, et joindre l’Amérique par Cherbourg si c’est possible dans les jours qui viennent, le père tenait jusque là un magasin de tableaux à Dordrecht. Nous avons bien parlé, longuement, tard, marché sagement autour du visage dans le soir. Et bizarrement ces retrouvailles d’une conversation féminine m’ont tout regaillardi ! L’automne oui, le vent et la pluie peut être, mais le plaisir de plaire ah oui !!!
 
Samedi 8 oct
 
la nuit je pensais : comment écrire, oh non pas des livres, mais un seul, un brouillon toujours vif et sans couture, élégant, aux petites couches tréfines, lamellées, mots et images rythmées comme des battements de cœur, vivant donc  ce livre c’est bien ce qu’il faut, vivant comme les traces, bave & mucus d’escargots, l’écriture comme une ville complexe aux multiples logettes et facéties que seraient les adjectifs et les goûts divers de la phrase, les syncopes et silences pour se déplacer secrètement et jouer derrière les paravents du langage, comme en jazz articuler des fragments des morceaux comme on peut, comme on arrive autant que possible comme si l’écrire était de première importance
 
Mardi 11 oct
 
C’est idiot mais à la regarder et à l’entendre, cette petite Gerda m’a redonné pour quelques jours, un peu de sel, un peu de cette joie que rien d’autre ne comble, parler en marchant ou assis au salon, écouter, regarder, entendre ce qui se dissimule derrière les mines et les mots, ce qui se cache d’allègre dans la mélancolie, de désespéré dans un sourire, voici qui est plus important que tout. Je fuis les groupes, j’exècre les foules qui gouvernent la folie de l'Histoire, seul m’intéresse l’inconnu à connaître, mais l’un après l'autre, sans témoin, sans lendemain peut être. Solitaire aimant les solitaires (…)
 
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Mairie-Eglise de Serrières (Manche)

15/05/2019
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La ronde de Janvier 2019: Musique(s)

Pour la ronde, un sujet commun est choisi, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde. Elle tourne tous les deux mois et chaque fois nous étourdit.

 

Le thème de notre ronde, ce mois-ci, est  musique(s)...

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 


Dominique Hasselmann

 

 

 

 
J'ai le plaisir de recevoir aujourd'hui Marie-Christine et je publie ma participation chez Jean-Pierre que je remercie pour son accueil.
 
A vous Marie-Christine:
 
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Le voici de nouveau devant cette page blanche…

Inutile d’insister, les mots lui échappent.

Il attrape la thèse qu’on lui a demandé de relire. Autant ne pas perdre son temps puisque l’inspiration n’est pas au rendez-vous. Gagner sa croûte en corrigeant les textes des autres ou en noircissant du papier, payé à la ligne, il en a assez. Mais il ne sait rien faire d’autre. Comme disait sa mère : « tu n’es bon à rien en dehors de tes livres.. » Empiler les petits boulots sans intérêt, corriger des phrases exposant un sujet qui lui est étranger, relire des manuscrits qui feront le succès d’un autre, c’est une torture qu’il s’impose comme s’il voulait se punir d’avoir choisi les lettres plutôt que les chiffres contre la volonté de son père.

Sa vie aurait peut-être été différente s’il avait achevé son stage à la banque de l’oncle Gaston, le frère de sa mère qui avait « réussi ». Ce genre de réussite, bâtie sur l’argent des autres, le dégoûtait. Son père exaspéré par sa démission, l’avait envoyé à l’autre bout du pays pour la cueillette des fruits. Ce qui aurait dû être une punition, se révéla comme la plus belle période de sa vie. Les saisonniers dont il faisait partie, vivant ensemble jours et nuits, formaient une famille éclectique qui aurait déconcerté n’importe quel gosse de son âge. Mais pour la première fois de sa vie, il eut l’impression d’être accepté pour ce qu’il était, qu’on l’écoutait. De fermes en fermes, il avait suivi le groupe d’ouvriers étrangers qui parcouraient le pays en fonction du calendrier des récoltes. C’est là qu’il rencontra Lili, la catalane, à la voix si claire, au regard si bleu…

Deux ans de sa vie si importants pour lui, dont il avait gardé si peu de choses, quelques photos délavées, quelques morceaux de guitare dont la chanson fétiche que Lili lui avait apprise, quelques lettres. La musique rythmait leurs journées, berçait leurs amours, réchauffait leurs nuits. Lili chantait en s’accompagnant à la guitare, lui écrivait les paroles. Elle disait que la musique réunit les peuples et nourrit l’amour. Elle avait un timbre de voix unique, chaud et léger à la fois et un petit accent catalan qui le faisait fondre. Un regard d’elle et il était le roi de la scène.

Tout ceci était bien loin. Il n’avait plus joué pour personne depuis que Lili...

Retour en ville. Seul. Il faut bien gagner sa vie, devenir le spécialiste des petits boulots : de serveur en plongeur, d’écrivain public en correcteur pour maisons d’édition, de coach sportif en prof de français à domicile, accessoirement prof de guitare acoustique pour ado bobo désœuvré. La littérature est un luxe qu’il ne peut plus se permettre. Son roman est en panne, comme sa vie d’ailleurs. Aucune muse ne lui rend plus visite . Au fond, il sait bien qu’il n’a aucun talent, même si on appréciait ses arrangements quand Lili chantait autour du feu, même s’ils avaient un beau succès en faisant la manche en marge des festivals méridionaux. En dehors de ses études de lettres classiques, et de ces quelques années de duos partagés, il n’a rien fait de sa vie, rien d’autre qu’un carnet de chansons.

Enfin presque…

Mais cela personne ne le saura jamais.

Il ouvre la fenêtre, l’air est presque doux ce soir. Il s’approche du garde-corps branlant. Le sol qui brille sous la pluie d’automne paraît si proche. Il serait si simple…

 

Quelques notes de guitare montent du bar du rez-de-chaussée. Le mardi soir, le patron donne sa chance à des jeunes musiciens. Les habitués le savent et viennent encourager les débutants dans une ambiance bon-enfant. Voilà bien longtemps qu’il n’a pas sorti sa guitare. Après tout, ça le distraira un peu. Avant de se laisser le temps de réfléchir, il attrape son étui et descend.

L’ambiance était bonne ce soir, pense-t-il en sortant du bar. On se serait cru dans les seventies, autour du feu.  Il regrette un peu d’être descendu, finalement tous ces sourires lui ont remué le couteau dans la plaie. Le son de sa guitare, les rires de l’assemblée, même les parfums alcoolisés de fin de soirée, tout ceci est si loin et si proche à la fois. Il fait quelques pas sur le trottoir, il va prendre un peu l’air avant de remonter dans son antre, histoire de se laver la tête…

-        Attendez, crie une voix claire derrière lui.

Il se retourne. Un regard franc d’un incroyable bleu le transperce. La jeune femme le dévisage,  l’air interrogateur.

-        Où avez-vous appris le morceau  que vous avez joué en dernier ?

Il hésite à répondre ou à tourner les talons. Cette inconnue au regard effronté l’intimide. Il se sent soudain coupable d’avoir chanté la chanson de Lili, mais après tout c’est aussi « sa » chanson. Et de quoi se mêle cette gamine, à la fin ?

-        Qu’est-ce que ça peut vous faire ? Vous voulez les paroles ? répond-t-il sèchement.

-        Je connais cette chanson, c’est pour ça… répond la jeune femme désappointée par le son hargneux.

-        Et comment pourriez-vous la connaitre puisque c’est moi qui l’ai écrite, continue-t-il de plus en plus en colère.

Il s’approche d’elle, presque menaçant, cherchant à mieux voir son visage à la lumière du réverbère. Ce regard myosotis aux paupières ourlées, lui donne le vertige. Il recule brusquement et se passe une main sur les yeux.

-        Vous ne vous sentez pas bien, s’inquiète la jeune femme. Vous voulez que j’appelle quelqu’un ?

-        Dites-moi comment vous pourriez connaître cette chanson ! insiste-t-il en lui prenant le bras.

-        Oh ça va, réplique-t-elle en se dégageant, ça n’est pas une affaire d’état. Je ne vois pas ce qui vous énerve de la sorte.

-        C’est ma chanson alors vous ne pouvez pas la connaître. Où l’avez-vous entendue ? crie-t-il.

-        Arrêtez à la fin, réplique-t-elle, c’est ma tante Lili qui me l’a chantée, chaque fois que j’étais en vacances chez elle, coincée dans sa compagne pourrie !

-        Lili dites-vous ! Lili, qui est  cette Lili ?

Il est sonné. Elle s’approche, inquiétée par sa pâleur. Il titube puis s’affaisse sur le trottoir, les yeux clos

-        Lili, ma Lili, où es-tu ? murmure-t-il entre ses dents.

-        Remettez-vous, Monsieur, Réveillez-vous implore-t-elle. Vous me faites peur !

Il se redresse un peu groggy, la dévisage et lui dit : « Lili, Ma Lili, tu es revenue ! »

-        Non, moi c’est Julie. Lili c’est ma tante. Vous connaissez ma tante Lili ? demande la jeune fille.

-        Je ne sais pas, je croyais que ma Lili était morte… répond-t-il d’une voix blanche

-        La mienne n’est pas morte, elle élève des chèvres et des brebis dans une campagne perdue du côté du Larzac au milieu des loups. Elle vend des fromages aux herbes que les restaurants réputés de la région s’arrachent. Elle n’a plus beaucoup le temps de faire de la musique, mais quand elle avait un moment, elle passait des heures sur sa guitare, et cette chanson, je l’ai entendue des centaines de fois !

Il se redresse, un peu de couleur revient sur ses joues.

-        Elle vit dans le sud, dit-il. Dans le sud, loin de tout, c’était notre rêve…

-        Seriez-vous Renaud ? demande la jeune fille.

-        Oui, c’est moi répond l’homme.

-         J’ai beaucoup entendu parler de vous, dit-elle soudain souriante. Beaucoup, beaucoup ! Oui, je vous connais. Je croyais que vous étiez un fantôme qu’elle avait inventé pour se rendre intéressante.  Vous êtes son plus grand regret ! Je vous donne son adresse si vous voulez, elle sera très heureuse de vous revoir, je pense !

Il reste muet, écrasé d’émotion. Ses lèvres tremblent. Il regarde sa guitare comme si elle allait lui dicter sa conduite. Elle lui a sauvé la vie ce soir. Il sourit à la jeune fille et hoche la tête, les yeux pleins de larmes, ne pouvant prononcer un mot. Le soleil se lève au bout de l’avenue. Les grands arbres semblent frissonner de plaisir. Il se relève, un sourire au coin des lèvres. Finalement, la journée sera belle.

-        Vous savez jeune fille, Lili disait toujours que même quand la route était très sombre, il y avait toujours quelqu’un au bord du chemin pour vous prêter sa lanterne. Cette nuit, c’était vous, ma lanterne…"

 

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13/01/2019
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La ronde de Novembre 2018 : figure(s)

Pour la ronde, un sujet commun est choisi, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde. Elle tourne tous les deux mois et chaque fois nous étourdit.

 

Le thème de notre ronde, ce mois-ci, est  figure(s)...

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 

 écrit chez
chez
chez
chez
chez
chez
chez
chez
 
vous trouverez ma participation chez Guy en tête de liste, avec qui se ferme la ronde, et que je remercie pour son hospitalité.



Voici la participation (jubilatoire!) de Jacques, YES...:

 

Joseph contre le Dr NO
 
Oui cher Frantz, je n'ai pas besoin d’indulgence et ne vous demande pas de me croire voyez vous, car je suis revenu de la naïveté; autrefois j'ai beaucoup donné de ce côté, par politesse, par accident, ou sans doute parce que je souhaitais séduire et être aimé alors que l’indifférence et l’argent de nos semblables est ce qu'on peut leur demander de mieux, n’est ce pas ? L’anonymat, le silence, ou rien ; voici le cadeau que je demande désormais à l’existence; n’être rien pour vous, ni ennemi, ni ami : une ombre, un passager et rien de plus. 
 
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Vous ai-je déjà parlé de NO ? Mais cette pièce vide me désole, sortons, tenez : nous marcherons dans ce soleil de novembre par la rue Daubenton, c’est par ici que  je descendais vers la Seine il y a quelques années, passant par l’Ile de la Cité, puis le quai d'Anjou et je revenais par la rue St-Louis en l’Ile, traversant ce qui fut autrefois l’Ile aux Vaches, à la nuit tombée, guettant chaque fenêtre du crépuscule sur Paris je saluais ses lumières et les inconnus, j'imaginais des dialogues, dans ces carrés jaunes des façades, une silhouette dans l'appartement de tel cinquième étage, une repasseuse, un couple près de la radio, un vieillard, ou encore l'épicier qui baissait son rideau métallique. Vous allez me classer comme expert en mélancolie ou spécialiste des fantômes (une ombre n'est-ce pas un peu un fantôme), mais qu’importe !  Puis je revenais, toujours à pied vers saint Placide, et en métro vers le Quinzième et l’impasse Dantzig. L’histoire de NO, c'est donc celle ce double que je m'étais construit par nécessité à cette époque des derniers siècles de mes études, un porte-parole, mieux un ami intelligent, un frère, à qui je confiai un nom, un visage et quelques traits de caractère : ainsi était né dans les années quatre vingt, le Dr NO, petit clin d’oeil à James Bond (1962) ou si vous voulez au théâtre japonais, et au vrai plutôt image timide du refus, de l'Anarchie de l’asocial, du mystérieux voyageur de Charleville que je ressentais si fraternellement en moi et qu’il serait toute ma vie impossible d'exprimer au Palais. Je lui donnais des lunettes, une coiffure émotive, nul prénom, l'air mal réveillé, des difficultés pour sourire, deux mains - pour venir à la barre et plaider à ma place ?- , un nœud papillon pour l’allure générale et parce qu'il faut bien masquer ses misères et ce nez flaccide, beaucoup de colères, de l'humour, le goût de l’ail, du piment, de l’omelette aux champignons, des souvenirs, la haine  de la bêtise, des hurleurs-avec-les-loups, des petits esprits jaloux, spectateurs à moustache du journal télévisé, des lectrices de journaux gratuits, des auditeurs de téléréalité, des gilets jaunes, bonnets rouges, fronts de taureaux et plus généralement de tous ceux que j’avais défendus et dont j’avais en vain cherché l'amour au fil des années quand ce mot là, ce joli mot d'amour leur était absolument incompréhensible.
 
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NO appréciait la nuit d’hiver, le rire et sexe de mes compagnes, les roseaux et les bords de fleuve, et plus que tout au monde, le carré clair des bulles de bandes dessinées : il pensait à Brétécher, Solotareff, Monsieur Teste (tête ? témoin ? ) et surtout Saul Leiter ou Sempé, rêvait d’illustrer d’année en année les couvertures du New Yorker ou de livres pour enfants, et comme lui au moins m’aimait bien, et que mes affaires ne marchaient pas fort, il me jura un jour après deux bouteilles de Chablis qu’il ferait tout son possible pour que Dieu me prenne comme avocat le jour venu. En effet disait-il le Trés Haut aura fort à faire quand il lui faudra expliquer et justifier les millions de morts qu’on fit en son Nom :  une remise de peine n’étant pas possible, mais au moins sauver la tête de Dieu, etc.
 
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Les années passèrent : NO avait pris sa place à côté des autres amis, puis vint un jour habiter de l’autre côté de la rue, tout près de l’étude. Il faudra que je vous le présente, vous verrez, nous avons nos habitudes dans le matin tout neuf, au comptoir de ce café portugais du coin de la Gaité et du Boulevard Quinet : « la Liberté ».
 
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15/11/2018
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La Ronde de Septembre 2018: arbre(s)

Pour la ronde, un sujet commun est choisi, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde. Elle tourne tous les deux mois et chaque fois nous étourdit.

 

Le thème de notre ronde, ce mois-ci, est  arbre(s)...

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 

Marie-Noelle, http://ladilettante1965.blogspot.com

 

va chez Joseph Frisch https://jfrisch.blog

 

qui va chez Noel  http://cluster015.ovh.net/~talipo/

 

va chez Hélène  http://simultanees.blogspot.com

 

va chez Franck (ici!)  https://alenvi.blog4ever.com/articles

 

va chez Giovanni (Merci Giovanni de m'accueillir) https://leportraitinconscient.com

 

va chez Marie Christine  https://mariechristinegrimard.wordpress.com

 

va chez Dominique A. https://ladistanceaupersonnage.fr

 

va chez Dominique H. https://hadominique75.wordpress.com

 

va chez Guy  http://wanagramme.blog.lemonde.fr

 

qui va chez Marie Noelle et boucle la ronde...

 

 

 

 J'ai le grand plaisir d'accueillir Hélène et je remercie Giovanni de m'accueillir sur son blog.

 

 

 

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Là-haut,

à la lisière du causse est la forêt

noirs sont les troncs tout parsemés d'argent

comme un drap sur la ville brodé d'arbres pleureurs et de larmes en semis

 

au pied,

quelques feuillus de la forêt d'avant

le temps où tout fut arraché à la terre labile

et aux grands arracheurs ne restèrent que les yeux pour pleurer

 

au loin,

ils s'en allèrent chercher pour restaurer

ces terrains de montagne devenus désertiques

les grands pins noirs d'Autriche faux-semblants là de toute éternité 

 

*

 

Pourtant,

c'est l'été sous un soleil léger et par ce jour sans vent les arbres sifflent en douceur sous le courant des ascendances qui les poussent au ciel  et apportent ici tous les bruits de la ville...  les fût droits se balancent... avec lenteur les cimes poussent... époussetant le ciel de leurs plumeaux légers... ils sèment sur le sol rouge leurs  aiguilles en tapis, et des pignes blanchies... il flotte dans les airs des odeurs de résine, de terre et de lavande, sauvages 

 

*

 

assise sur le sol, 

sortant comme autrefois la couverture à carreaux du coffre de voiture, je m'endormis

 

*

 

sous la grande croix blanche, 

qui semble flotter le soir au-dessus de la ville, brillant des mille feux d'ampoules électriques ce qui m'émerveillait enfant, je rêvais de ce pays où Jésus était passé la nuit — ce que disait mon père à qui voulait l'entendre

 

*

 

Je rêvais,

Et c'est avec clarté que j'entendis les voix en grande conversation des pins noirs, ici, et là-bas des pins rouges, déracinés de la forêt de Bord dans le rez-de-jardin d'une grande bibliothèque — ce jardin couronné de quatre tours à livre ouvert, fenêtres closes de pages de bois jaune.  

 

*

 

Les volets et les tours murmuraient à chacun vous serez ce que je suis. Silence. Puis chaque tronc, rouge ou noir, et ces volets, jaunes comme des pans de mur ou des pages trop lues, récitaient à l'unisson, et peut-être en chantant comme un concert céleste porté par tous les vents, un poème de Corneille. Bercements.

 

Mende, 7 septembre 2018,

Panorama de la croix de mont Mimat

 

Texte et Image, Hélène Verdier, Septembre 2018


15/09/2018
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La Ronde de Juillet 2018: Désert

Pour la ronde, un sujet commun est choisi, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde. Elle tourne tous les deux mois et chaque fois nous étourdit.

 

Le thème de notre ronde, ce mois-ci, est  désert(s)...

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 

 

qui écrit chez Dominique Autrou
qui écrit chez Dominique Hasselmann
qui écrit chez Franck (ici!)
qui écrit chez Jean-Pierre Boureux
qui écrit chez Giovanni Merloni
qui écrit chez Marie-Noëlle Bertrand
 

 J'ai le grand plaisir d'accueillir Dominique Hasselmann et je remercie Céline de m'accueillir sur son blog.

 

 

 


 

 

 

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Désert occasionnel

 

Il peut s’étendre sous toute forme, sablonneuse, liquide, aérienne, mentale : il n’a pas de limites hors celles qui peuvent lui être données par la géographie, le satellite ou la mémoire. Le désert est toujours présent car son absence ne se fait pas remarquer et sa présence peut échapper au regard, proche ou distant. Je me souviens de l’oasis de Ghardaïa, en Algérie, la luxuriance de ses palmiers, le coulis permanent de son eau fraîche, ce havre vert à côté d’un monde minéral incertain (peut-être des serpents y survivent-ils ?), comme la frange d’un autre univers, la dernière étape avant d’entrer dans l’Achéron aux millions de grains, de poudre d’escampette, de dépôts marins ou célestes, du travail acharné d’un vent millénaire ou si ancien qu’il serait impossible à compter en siècles. Dans son sillage, le désert (ici, le Sahara) produit des dessins de vagues, les bateaux invisibles le parcourent sans cesse, les dunes ressemblent à des déferlantes apparemment immobiles et sereines – l’océan est un frère solide – mais elles se déplacent sans doute de nuit, quand le lampadaire de la lune éclaire leur progression silencieuse. Ce tableau changeant modèle un paysage pictural d’or et d’ocre, on cherche en vain qui tient le pinceau. Le vent s’amuse à faire bouger les contours de la dernière esquisse, comme la péniche rompt le calme du canal avant qu’il ne reprenne ses habitudes assoupies. Dans le désert du ciel, un avion passe, il laisse une trace, une signature, qui viendra plus tard s’effacer, son intrusion ayant détruit durant quelques minutes la marche ordonnée des nuages. Les yeux suivent ces lignes blanches qui ont imprimé leur élan sur la rétine : celle-ci les conservera un temps – celui de leur apparition – et puis elle passera à autre chose. Le désert mental recèle d’infinies ressources, l’amnésie progresse sans faire de bruit, « ne pas déranger » la chambre d’hôtel de la mémoire. Au dehors, des êtres se croisent sans se voir ou se parler car chacun possède son désert intérieur dont l’exploration arrivera à son terme un beau jour. Une plage de musique (Xenakis, par exemple) nous entraîne alors vers l’infini de la représentation.

 

texte et photo : Dominique Hasselmann


15/07/2018
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