à l'envi

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La Ronde


La ronde de mars 2017

 ronde.jpg

 

 

 

 

 

La ronde, un sujet commun, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde.

 

Le thème de notre notre ronde, ce mois-ci, est  cuisine(s), précédé de l'incipit:" Ils vont où les oiseaux...".

 

 

J'ai le plaisir de recevoir Hélène et la chance d'écrire sur le blog d'Elise que je remercie pour son chaleureux accueil.

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
Voici donc la participation colorée d'Hélène:

   

gris




     Geneviève Asse
   la porte de l'infini, 1986

Ils vont où les oiseaux ?

 

ils rêvent les oiseaux de fer
 gris au bord du fleuve
ils rêvent
de suivre le vol 
des cygnes blancs
sur l'estuaire
ils rêvent
de prendre envol 
vers les nuages
comme font les corbeaux noirs
 
 

Gris
ardoise au tranchant de lumière
en ligne sur le ciel
là-haut

Gris
couche sur couche
les coquilles et oiseaux de fer sur le fleuve
cuirasses, rivets, boulons
indéfectibles

Gris
de bleu en quintessence
comme une porte
au format de l’abstraction du monde
taillée au sabre noir
sur un tableau

et
sous le vent
le fleuve caméléon

et
sur les toits les mitres de sanguine
comme un défi à tous les gris

cependant la mémoire 
en promontoire sur la ville amarrée
n'a incisé sur le
gris-plomb 
qu’un blanc pur arborescent
prenant racine
sur un poème


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Nantes, lunar tree, Mrzyk & Moriceau


Nantes, novembre 2016
[cuisiner la couleur et affaiter les mots]
 
 
avec pour racine 
grand arbre blanc, Bernard Noël  http://terreaciel.free.fr/poetes/poetesbnoel.htm

15/03/2017
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La ronde de décembre 2012 : Autoportraits


 

 

Quand j’allume la lumière de la salle de bain, c’est incontournable, je suis là qui m’attends dans le miroir, avec le blaireau sur la tablette de la salle de bain, la brosse à dents. Mon visage fait partie du décor. Je l’y rase tous les matins, je le peigne aussi et puis je passe un petit coup sur le lavabo. Certains jours, je n’y prête pas plus attention qu’au savon. Mais parfois, je le détaille sans bouger. Je le dévisage et l’image imperceptiblement se trouble, se modifie jusqu’à devenir monstrueuse d’étrangeté. Celui que je regarde (et qui est moi ?) m’hypnotise jusqu’au malaise. Les téguments à terre, la chair d’éther s’évapore et l’os affleure par endroits. Les traits s’estompent pour, à la fin, montrer la réalité masquée. Au bout d’un long moment, frais et dispos, je sors de la salle de bain rempli d’effroi.
 

J’ai mis du temps à comprendre que ce n’est pas mon image qui, à trop la scruter, me fait peur, mais bien l’inverse. Oui, cette image qui me regarde, mon double sur le tain, c’est moi qui la terrorise. Petit à petit, j’ai ressenti le même rejet de mon visage que celui de mon image sur le miroir ; je ne supporte plus ma vue. Dès que je passe devant une surface réfléchissante, je baisse les yeux ou tourne la tête. Quand, par inadvertance, mon regard croise un miroir ou une vitre, je m’effraie. Ne pouvant plus supporter l’image projetée de mon visage comme un crachat vers l’autre ou vers moi-même, j’ai pris le bélier par les cornes. Je suis passé par les lames acérées d’un chirurgien plastique pour changer ce visage qui me donnait la nausée. Soi disant méconnaissable, j’ai, de mon point de vue, toujours la même arête de nez dans le coin inférieur interne de mon champ de vision. Maintenant, l’image que me renvoie le miroir est celle d’un étranger très laid. J’ai peur qu’au fil des jours je vais finir par m’y habituer. En attendant, mon nouveau visage et moi, nous nous ignorons. C’est supportable et je ne vois, dans le miroir, qu’un lobe d’oreille à curer, une moustache à raser, une rangée de dents à passer au fil.

 
Jusqu'au jour du premier phénomène, dans une galerie de musée à Munich - depuis, par trois fois j’ai relié mon visage. Je déambulais donc devant les toiles jusqu’à m’arrêter devant un portrait grandeur nature qui m’attira ; celui d’Albrecht Dürer, l’autoportrait de 1500 si connu où il s’est représenté en Jésus-Christ. Mon regard rencontra celui du modèle qui me dévisageait depuis la toile. Il m’a fallu un moment pour définir le malaise que j’éprouvai devant cette toile. Comme devant le miroir, il me regarda fixement jusqu’à ce que son visage se mette à bouger, à se transformer. Ne ressemblant ni à Dürer ni à Jésus, je reconnus néanmoins certains de mes traits dans ce visage, sur cette toile. Le regard, sérieux, un nez qui s’impose, une bouche dessinée qui se superpose et se noie dans la barbe que je ne porte pas. Médusé, troublé par l’intensité de ce regard, je remarquais l’alchimie du miroir se développer. Progressivement, les traits du modèle s’estompèrent, se modifièrent sous mon regard soutenu par le sien, jusqu’à la conviction que mon visage d’avant la chirurgie destructrice prenait la place de celui de Dürer. J’eus un étourdissement qui m’obligea à m’asseoir et on me fit sortir pour m’aérer et reprendre mes esprits que je mis sous le bras avec mes cliques et mes claques et mes jambes à mon cou.
 
 
 
schizoportrait 1.jpg
 
Alors que j’avais oublié cet épisode dürerien que le quotidien avait recouvert d’un voile opaque, un phénomène identique se produisit plus tard. Dans les allées sombres qui jouxtent les vastes salles du musée d’Art de Chicago, je m’étais arrêté devant le non moins célèbre autoportrait de Jean Baptiste Siméon Chardin datant de 1775. A le scruter de près, le nez près de la vitre protectrice, mon visage se superposa à celui du peintre. Son regard flou m’engloba au point que nos besicles fusionnèrent. Progressivement, l’œil gauche derrière les verres, l’arrondi du nez un peu brillant, l’ombre d’une barbe d’un jour, comme au fond du bac quand naît l’image incertaine sous la chimie du révélateur, mon visage apparut parmi les traits du peintre…Collé à son image, je dus abandonner la pellicule de mon visage aux tons veloutés du pastel quand un gardien me demanda de m’éloigner de la toile. Je fis, sans un regard en arrière, volte face et filai vers la sortie sans demander mon reste.

http://2.bp.blogspot.com/-iOGhP3l5mRQ/ULPLyXD9gyI/AAAAAAAABRM/5GHdZ8dkn0o/s1600/schizoportrait+2.jpg
 
 
Je vous l’ai dit, par trois fois le phénomène se produirait, un autoportrait célèbre volerait mes traits (ou bien mon visage parasiterait celui du peintre sur la toile ?). Lors de l’exposition Courbet, au Grand Palais à Paris, une des premières toiles exposées était l’autoportrait dit « désespéré ». Le peintre, jeune, le cheveu en bataille, se prend la tête entre les mains et roule des yeux terrifiés. Le phénomène de fusion vint à nouveau me prouver ce lacanisme que ce qui fait la visibilité du voyant est le regard comme objet a - objet invisible qui se trouve au fondement de la visibilité: qui rend le sujet percevant en objet perçu. Perdu dans cette réflexion obscure, je regardais l’autoportrait d’un autre qui m’avait peint, je me percevais en lui. Alors le regard des autres autour de moi, sur mon autoportrait qui nous faisait face, me glaça. Allaient-ils reconnaître, parmi les spectateurs, celui qui, sur la toile du miroir, se transformait en moi ?

http://4.bp.blogspot.com/-TRaqIWDZgpY/ULPL2T5s9xI/AAAAAAAABRU/UaG_NA7c3wg/s1600/schizoportrait+3.jpg
 
 
 
Tout cela vous semble confus ? Je sais, c’est à n’y rien comprendre. Depuis que je ne peux plus me voir en peinture, j’ai fui les galeries de musée comme les miroirs. Je vis enfermé chez moi, évitant de sortir autant que possible. J’ai enlevé les miroirs, mis des rideaux aux fenêtres, couvert l’inox de peinture pour protéger mon regard de mon image. J’ai enfin un peu de répit et même, par moments, j’ai du mal à me rappeler ce visage qui m’habitait. Je vieillis lentement et me demande ce qu’il advient de mes traits. Serais-je capable de me reconnaître encore ?
Mais l’autre jour, on a sonné à la porte…
 
 
Quotiriens, le 6 décembre 2012

12/03/2017
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La ronde de juin 2013 : Hôtel(s)

 

 

HÔTEL CALIFLOWER

 

 

http://louisevs.blog.lemonde.fr/files/2013/06/chateau.jpg

 

La route, interminable, est une bande magnétique qui défile sous les faisceaux louches des phares.

Depuis longtemps la lumière a fui.

La Mustang décapotée tranche dans le noir absolu d’une nuit sans lune.

Tout autour, le désert silencieux se retient.

Le vent chaud empèse les cheveux d’une fragrance lourde à l’odeur équivoque et entêtante.

De la radio, la roque Janis racole « O Lord, won’t you buy me a Mercedes Benz… ».

Les yeux brûlent, la tête est lourde de tant d’images récurrentes ; au bout de la route, enfin, une lueur — comme un plasma.

Il faut que je m’arrête pour la nuit — elle est là, qui m’attend sur le Seuil.

 

Je m’engouffre à travers la spirale de la porte, j’accepte l’aventure, je me perds dans les volutes de son parfum, quitte la réalité de la rue, et la suis qui me montre le chemin.

A l’intérieur, à toute allure — tout est leurre. Les pas s’enfoncent dans la moquette, les lumières tamisées, les plafonds bas, à l’oreille un murmure feutré de bienvenue comme un disque rayé, comme un disque rayé.

Nous marchons dans des couloirs sans fin ; aux murs des portraits déjà vus nous suivent du regard ; aux oreilles le même murmure de bienvenue des mêmes murs.

Des lumières rouges clignotent le long de notre descente et la chaleur se fait plus épaisse.

Arrivés à nos faims, elle ouvre en grand les portes de la perception.

Dans la salle de bal, la party bat son plein — boa, colifichets, colliers de perles sur seins nus et chanteur mort reconnaissant.

Le champagne coule à flot d’une cascade où s’ébattent des flamands roses.

Des lustres de diamants renvoient des arcs en ciel de lumière entre lesquels je la suis qui fraye notre chemin au milieu de couples qui dansent, lascifs. Des regards flous me toisent et glissent  — soudain je lance : « Garçon !…». Il se retourne, m’apporte un verre de vin noir et me dit : « Millésime 69, c’est notre dernière bouteille, que nous gardions depuis longtemps pour vous. »

La cuisse, lourde et ambrée, m’emplit le palais de soie.

En ce meilleur des mondes, la chouette éternue enfin quand passe le clochard céleste.

Dans un coin, le souvenir danse avec l’oubli.

 

Elle me tire par le bras quand, dans les miroirs, le reflet des visages s’estompe.

Chaque porte qu’elle ouvre donne sur un mur.

Le Seuil n’a plus d’issue.

Je me retourne vers elle qui s’évapore en fumée, me laissant seul dans un dédale de fleurs fanées.

La lumière crue m’aveugle et je tends les bras vers les murs pour me guider.

Mes mains s’enfoncent dans les parois couvertes d’algues acides qui s’introduisent entre mes doigts.

Les évaginations de la moquette s’enroulent autour de mes mollets et ralentissent ma fuite.

Au fond d’un couloir je vois un enfant qui joue sur un tas d’immondes chiffons sales où il puise, de ses petits bras, des lambeaux qu’il lit, un à un. J’avance péniblement vers lui – plus je m’enfonce plus il s’éloigne.

Alors je crie de toutes mes forces pour lui demander où se situe la sortie — je veux revenir au bord du Seuil d’où je suis venu — de m’attendre, garder mon souvenir au moins…

Mon cri est un murmure et la voix me souffle qu’il est vain de l’atteindre, de l’attendre — que je peux régler ma note mais ne pourrai jamais sortir.

 

Quotiriens, 15 juin 2013


09/02/2017
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La ronde de décembre 2013 : Regard(s)

Victoire! Je retire mon regard…

 

...Là vous dis-je! Enfin, regardez donc...regardez... Oh ne vous attendez pas à une ampliation colossale, bien sûr, mais ce frétillement de la crête, ce bombement à peine perceptible, Joachim, cette convexité qui me donne le frisson... La pierre vit, la montagne respire, expire, sa masse roulée est un muscle bandé qui ne demande qu’à se détendre brusquement et alors, gare à ceux qui se trouveraient sur sa trajectoire. Le magma sous-jacent, ne le sentez-vous pas Joachim? A trop la regarder, je vois ses borborygmes, je devine ses digestions triasiques. Des hordes de dinosaures sommeillent en ses flancs. La terre du Cengle est gorgée de leur sang, de leurs os. Elle respire vous dis-je... Il vous faut regarder, inlassablement, aux aguets, avec acuité. Son dos est un miroir où glissent les nuages. La lumière changeante en fait un kaléidoscope gigantesque, mais ne vous laissez pas berner par son mimétisme.

De loin, toujours, la toiser et sentir la force tellurique de la vague figée dans sa poussée. Y ajouter le poids de l'air qui nous sépare d'elle, les embruns de feu, le mouvement des feuilles dans le vent comme les algues sous le flux.

 

 

Sans cesse, revenez sur le motif, posez votre regard sur les stigmates de la surrection, les rides intemporelles que détaille Marion dans son jargon scientifique. La poussée millimétrique vers le ciel, la voyez-vous, enfin? Notre regard nous trompe, il croise une ombre, glisse sur la carcasse inerte, le temps d'un coup d’œil distrait.
 
 

Sans cesse, revenez sur le motif, posez votre regard sur les stigmates de la surrection, les rides intemporelles que détaille Marion dans son jargon scientifique. La poussée millimétrique vers le ciel, la voyez-vous, enfin? Notre regard nous trompe, il croise une ombre, glisse sur la carcasse inerte, le temps d'un coup d’œil distrait.

 

 

 

Elle semble là, depuis toujours, inchangée, immuable dans son apparente immobilité de vieille montagne placide. Mais si vous la traquez sans cesse, elle se révèlera. Les plis sous tension, la dynamique d’ensevelissement, la menace Joachim. La menace... voilà ce qui fascine, et glace.  Ne vous aventurez pas trop près vous dis-je. Elle vous engloutirait. A marcher sur ses flancs, vous sentiriez la puissance ascendante vous soulever,
 

Elle semble là, depuis toujours, inchangée, immuable dans son apparente immobilité de vieille montagne placide. Mais si vous la traquez sans cesse, elle se révèlera. Les plis sous tension, la dynamique d’ensevelissement, la menace Joachim. La menace... voilà ce qui fascine, et glace. Ne vous aventurez pas trop près vous dis-je. Elle vous engloutirait. A marcher sur ses flancs, vous sentiriez la puissance ascendante vous soulever,

 

 

 

jusqu’à vous submerger.

 

 

jusqu’à vous submerger.

 

 

Car elle seule a raison et raison d'être, depuis bien avant et jusqu'à bien après notre éphémère passage. Laissez-moi maintenant, je vous prie. Nous avons, elle et moi, rendez-vous ce matin encore. Le temps fraîchit et j’ai des frissons depuis hier soir. Cette toux qui m’épuise, cette fièvre qui m’éteint. Mais las! elle sera là, triomphante dans sa divine présence à narguer mon regard. Je m’attelle à percer le secret de ses flancs, oublier mon regard et sentir la matière, dussè-je y laisser mon âme et ma vie…

 

 

 

Car elle seule a raison et raison d'être, depuis bien avant et jusqu'à bien après notre éphémère passage. Laissez-moi maintenant, je vous prie. Nous avons, elle et moi, rendez-vous ce matin encore. Le temps fraîchit et j’ai des frissons depuis hier soir. Cette toux qui m’épuise, cette fièvre qui m’éteint. Mais las! elle sera là, triomphante dans sa divine présence à narguer mon regard. Je m’attelle à percer le secret de ses flancs, oublier mon regard et sentir la matière, dussè-je y laisser mon âme et ma vie…

 

 

 

 Merci à Hélène pour le <a href="http://www.jdarriulat.net/Essais/CezanneReal/CezanneRealisme.html">"lien"</a>  révélateur, crédit photographique des planches 3 et 4 à <a href="http://comdesimages.com/portfolio/la-montagne-sainte-victoire/">"Benjamin"</a> .

 

 

Merci à Hélène pour le <a href="http://www.jdarriulat.net/Essais/CezanneReal/CezanneRealisme.html">"lien"</a photographique des planches 3 et 4 à <a href="http://comdesimages.com/portfolio/la-montagne-sainte-victoire/">"Benjamin"</a

 

Quotiriens, le 15 décembre 2013


05/02/2017
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La ronde de janvier 2017 : aube

 

 

 

 ronde.jpg

 

 

 

 

 

La ronde, un sujet commun, sur lequel tu t'exprimes et publies chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde.

 

Le thème de notre vingtième ronde, ce mois-ci, est aube.

 

 

J'ai le plaisir de recevoir Dominique Hasselmann et la chance d'écrire sur le blog Promenades en ailleurs.

 

Merci Marie-Christine pour votre accueil et soyez la bienvenue dans notre ronde!

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 

 Franck (à l'envi)
chez Marie-Christine
chez Guy
chez Jacques
chez Elise
chez Noël
etc.
 
 

 De quelques aubes

 

1ère communion DH_JH.jpg

 


Aube, abri astringent de la nuit qui, quotidiennement à l’heure où les lions vont boire, écoute l’aubade jouée en son honneur, au Point du jour (un livre d’André Breton dont la fille porte le même regard que celui des « Grands Transparents ») et ouverture sur La pointe courte chez Agnès Varda, éclair inassouvi et fulgurant, cela ne s’appelle pas encore l’aurore, l’aube se porte aussi pour la première communion avec missel à tranche dorée, papier bible (forcément) et signet comme plus tard dans un livre de la Pléiade, et la montre Lip à remontoir offerte en cadeau laïque, puis les pales des moulins à eau comme des hélicoptères sans rotors bruyants, l’eau de l’aube s’écoule ainsi avec ses trois acceptions dans le Petit Robert où les pages tournent toutes seules, les mots s’enfilent puis s’envolent des colonnes, ils se moquent de l’ordonnancement alphabétique ou météorologique ou astronomique ou aérodynamique, ils planent comme des mouettes vers l’embouchure qui mène à la mer, là où la marée efface sur le sable les pas des amants égarés, où les certitudes sont balayées ou dispersées par le vent du large, où les voiliers affrontent l’inconnu et l’imprévu, où les monstres marins rôdent et se parlent en langage inouï, où l’univers se reflète dans les vagues soudain fixes – une photo Instagram les saisit et les transforme dans leur mouvement interrompu à l’instar d’Usain Bolt franchissant toujours en vainqueur les lignes d’arrivée sur la cendrée des stades – mais où le soleil n’a pas rendez-vous avec la lune ni la pluie avec le parapluie ni le souffle avec la trompette bouchée : l’aube est secrète, se lève tôt et puis disparaît pour des occupations ni affichées ni fichées, elle sait qu’elle doit revenir le lendemain matin, elle programme son réveil tous les soirs, déploie ensuite sa cape enveloppante et de conception immaculée, rassemble tous les travailleurs et leur donne enfin les consignes et les conseils : « Courage, demain sera un autre jour ! »

texte : Dominique Hasselmann

photo : Jules Hasselmann


15/01/2017
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