à l'envi

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La ronde de juin 2013 : Hôtel(s)

 

 

HÔTEL CALIFLOWER

 

 

http://louisevs.blog.lemonde.fr/files/2013/06/chateau.jpg

 

La route, interminable, est une bande magnétique qui défile sous les faisceaux louches des phares.

Depuis longtemps la lumière a fui.

La Mustang décapotée tranche dans le noir absolu d’une nuit sans lune.

Tout autour, le désert silencieux se retient.

Le vent chaud empèse les cheveux d’une fragrance lourde à l’odeur équivoque et entêtante.

De la radio, la roque Janis racole « O Lord, won’t you buy me a Mercedes Benz… ».

Les yeux brûlent, la tête est lourde de tant d’images récurrentes ; au bout de la route, enfin, une lueur — comme un plasma.

Il faut que je m’arrête pour la nuit — elle est là, qui m’attend sur le Seuil.

 

Je m’engouffre à travers la spirale de la porte, j’accepte l’aventure, je me perds dans les volutes de son parfum, quitte la réalité de la rue, et la suis qui me montre le chemin.

A l’intérieur, à toute allure — tout est leurre. Les pas s’enfoncent dans la moquette, les lumières tamisées, les plafonds bas, à l’oreille un murmure feutré de bienvenue comme un disque rayé, comme un disque rayé.

Nous marchons dans des couloirs sans fin ; aux murs des portraits déjà vus nous suivent du regard ; aux oreilles le même murmure de bienvenue des mêmes murs.

Des lumières rouges clignotent le long de notre descente et la chaleur se fait plus épaisse.

Arrivés à nos faims, elle ouvre en grand les portes de la perception.

Dans la salle de bal, la party bat son plein — boa, colifichets, colliers de perles sur seins nus et chanteur mort reconnaissant.

Le champagne coule à flot d’une cascade où s’ébattent des flamands roses.

Des lustres de diamants renvoient des arcs en ciel de lumière entre lesquels je la suis qui fraye notre chemin au milieu de couples qui dansent, lascifs. Des regards flous me toisent et glissent  — soudain je lance : « Garçon !…». Il se retourne, m’apporte un verre de vin noir et me dit : « Millésime 69, c’est notre dernière bouteille, que nous gardions depuis longtemps pour vous. »

La cuisse, lourde et ambrée, m’emplit le palais de soie.

En ce meilleur des mondes, la chouette éternue enfin quand passe le clochard céleste.

Dans un coin, le souvenir danse avec l’oubli.

 

Elle me tire par le bras quand, dans les miroirs, le reflet des visages s’estompe.

Chaque porte qu’elle ouvre donne sur un mur.

Le Seuil n’a plus d’issue.

Je me retourne vers elle qui s’évapore en fumée, me laissant seul dans un dédale de fleurs fanées.

La lumière crue m’aveugle et je tends les bras vers les murs pour me guider.

Mes mains s’enfoncent dans les parois couvertes d’algues acides qui s’introduisent entre mes doigts.

Les évaginations de la moquette s’enroulent autour de mes mollets et ralentissent ma fuite.

Au fond d’un couloir je vois un enfant qui joue sur un tas d’immondes chiffons sales où il puise, de ses petits bras, des lambeaux qu’il lit, un à un. J’avance péniblement vers lui – plus je m’enfonce plus il s’éloigne.

Alors je crie de toutes mes forces pour lui demander où se situe la sortie — je veux revenir au bord du Seuil d’où je suis venu — de m’attendre, garder mon souvenir au moins…

Mon cri est un murmure et la voix me souffle qu’il est vain de l’atteindre, de l’attendre — que je peux régler ma note mais ne pourrai jamais sortir.

 

Quotiriens, 15 juin 2013


09/02/2017
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La ronde de décembre 2013 : Regard(s)

Victoire! Je retire mon regard…

 

...Là vous dis-je! Enfin, regardez donc...regardez... Oh ne vous attendez pas à une ampliation colossale, bien sûr, mais ce frétillement de la crête, ce bombement à peine perceptible, Joachim, cette convexité qui me donne le frisson... La pierre vit, la montagne respire, expire, sa masse roulée est un muscle bandé qui ne demande qu’à se détendre brusquement et alors, gare à ceux qui se trouveraient sur sa trajectoire. Le magma sous-jacent, ne le sentez-vous pas Joachim? A trop la regarder, je vois ses borborygmes, je devine ses digestions triasiques. Des hordes de dinosaures sommeillent en ses flancs. La terre du Cengle est gorgée de leur sang, de leurs os. Elle respire vous dis-je... Il vous faut regarder, inlassablement, aux aguets, avec acuité. Son dos est un miroir où glissent les nuages. La lumière changeante en fait un kaléidoscope gigantesque, mais ne vous laissez pas berner par son mimétisme.

De loin, toujours, la toiser et sentir la force tellurique de la vague figée dans sa poussée. Y ajouter le poids de l'air qui nous sépare d'elle, les embruns de feu, le mouvement des feuilles dans le vent comme les algues sous le flux.

 

 

Sans cesse, revenez sur le motif, posez votre regard sur les stigmates de la surrection, les rides intemporelles que détaille Marion dans son jargon scientifique. La poussée millimétrique vers le ciel, la voyez-vous, enfin? Notre regard nous trompe, il croise une ombre, glisse sur la carcasse inerte, le temps d'un coup d’œil distrait.
 
 

Sans cesse, revenez sur le motif, posez votre regard sur les stigmates de la surrection, les rides intemporelles que détaille Marion dans son jargon scientifique. La poussée millimétrique vers le ciel, la voyez-vous, enfin? Notre regard nous trompe, il croise une ombre, glisse sur la carcasse inerte, le temps d'un coup d’œil distrait.

 

 

 

Elle semble là, depuis toujours, inchangée, immuable dans son apparente immobilité de vieille montagne placide. Mais si vous la traquez sans cesse, elle se révèlera. Les plis sous tension, la dynamique d’ensevelissement, la menace Joachim. La menace... voilà ce qui fascine, et glace.  Ne vous aventurez pas trop près vous dis-je. Elle vous engloutirait. A marcher sur ses flancs, vous sentiriez la puissance ascendante vous soulever,
 

Elle semble là, depuis toujours, inchangée, immuable dans son apparente immobilité de vieille montagne placide. Mais si vous la traquez sans cesse, elle se révèlera. Les plis sous tension, la dynamique d’ensevelissement, la menace Joachim. La menace... voilà ce qui fascine, et glace. Ne vous aventurez pas trop près vous dis-je. Elle vous engloutirait. A marcher sur ses flancs, vous sentiriez la puissance ascendante vous soulever,

 

 

 

jusqu’à vous submerger.

 

 

jusqu’à vous submerger.

 

 

Car elle seule a raison et raison d'être, depuis bien avant et jusqu'à bien après notre éphémère passage. Laissez-moi maintenant, je vous prie. Nous avons, elle et moi, rendez-vous ce matin encore. Le temps fraîchit et j’ai des frissons depuis hier soir. Cette toux qui m’épuise, cette fièvre qui m’éteint. Mais las! elle sera là, triomphante dans sa divine présence à narguer mon regard. Je m’attelle à percer le secret de ses flancs, oublier mon regard et sentir la matière, dussè-je y laisser mon âme et ma vie…

 

 

 

Car elle seule a raison et raison d'être, depuis bien avant et jusqu'à bien après notre éphémère passage. Laissez-moi maintenant, je vous prie. Nous avons, elle et moi, rendez-vous ce matin encore. Le temps fraîchit et j’ai des frissons depuis hier soir. Cette toux qui m’épuise, cette fièvre qui m’éteint. Mais las! elle sera là, triomphante dans sa divine présence à narguer mon regard. Je m’attelle à percer le secret de ses flancs, oublier mon regard et sentir la matière, dussè-je y laisser mon âme et ma vie…

 

 

 

 Merci à Hélène pour le <a href="http://www.jdarriulat.net/Essais/CezanneReal/CezanneRealisme.html">"lien"</a>  révélateur, crédit photographique des planches 3 et 4 à <a href="http://comdesimages.com/portfolio/la-montagne-sainte-victoire/">"Benjamin"</a> .

 

 

Merci à Hélène pour le <a href="http://www.jdarriulat.net/Essais/CezanneReal/CezanneRealisme.html">"lien"</a photographique des planches 3 et 4 à <a href="http://comdesimages.com/portfolio/la-montagne-sainte-victoire/">"Benjamin"</a

 

Quotiriens, le 15 décembre 2013


05/02/2017
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Horizon de Staël

IMG_4908.JPG

 

La rencontre de deux plans, la ligne de chevauchement où tout se passe, d'où jaillit l'imperceptible profondeur - un trait d'entropie.

(île de Roatan, Honduras, 3 février)


04/02/2017
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La menace

sky1.jpg


29/01/2017
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La ronde de janvier 2017 : aube

 

 

 

 ronde.jpg

 

 

 

 

 

La ronde, un sujet commun, sur lequel tu t'exprimes et publies chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde.

 

Le thème de notre vingtième ronde, ce mois-ci, est aube.

 

 

J'ai le plaisir de recevoir Dominique Hasselmann et la chance d'écrire sur le blog Promenades en ailleurs.

 

Merci Marie-Christine pour votre accueil et soyez la bienvenue dans notre ronde!

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 

 Franck (à l'envi)
chez Marie-Christine
chez Guy
chez Jacques
chez Elise
chez Noël
etc.
 
 

 De quelques aubes

 

1ère communion DH_JH.jpg

 


Aube, abri astringent de la nuit qui, quotidiennement à l’heure où les lions vont boire, écoute l’aubade jouée en son honneur, au Point du jour (un livre d’André Breton dont la fille porte le même regard que celui des « Grands Transparents ») et ouverture sur La pointe courte chez Agnès Varda, éclair inassouvi et fulgurant, cela ne s’appelle pas encore l’aurore, l’aube se porte aussi pour la première communion avec missel à tranche dorée, papier bible (forcément) et signet comme plus tard dans un livre de la Pléiade, et la montre Lip à remontoir offerte en cadeau laïque, puis les pales des moulins à eau comme des hélicoptères sans rotors bruyants, l’eau de l’aube s’écoule ainsi avec ses trois acceptions dans le Petit Robert où les pages tournent toutes seules, les mots s’enfilent puis s’envolent des colonnes, ils se moquent de l’ordonnancement alphabétique ou météorologique ou astronomique ou aérodynamique, ils planent comme des mouettes vers l’embouchure qui mène à la mer, là où la marée efface sur le sable les pas des amants égarés, où les certitudes sont balayées ou dispersées par le vent du large, où les voiliers affrontent l’inconnu et l’imprévu, où les monstres marins rôdent et se parlent en langage inouï, où l’univers se reflète dans les vagues soudain fixes – une photo Instagram les saisit et les transforme dans leur mouvement interrompu à l’instar d’Usain Bolt franchissant toujours en vainqueur les lignes d’arrivée sur la cendrée des stades – mais où le soleil n’a pas rendez-vous avec la lune ni la pluie avec le parapluie ni le souffle avec la trompette bouchée : l’aube est secrète, se lève tôt et puis disparaît pour des occupations ni affichées ni fichées, elle sait qu’elle doit revenir le lendemain matin, elle programme son réveil tous les soirs, déploie ensuite sa cape enveloppante et de conception immaculée, rassemble tous les travailleurs et leur donne enfin les consignes et les conseils : « Courage, demain sera un autre jour ! »

texte : Dominique Hasselmann

photo : Jules Hasselmann


15/01/2017
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