à l'envi

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La ronde de Septembre 2017

Une nouvelle ronde en perspective...

 

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La ronde, un sujet commun, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde.

 

Le thème de notre notre ronde, ce mois-ci, est  accent(s)...

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 

Dominique H chez Elise https://mmesi.blogspot.fr
Elise chez Hélène //simultanees.blogspot.fr
Hélène chez Noel //cluster015.ovh.net/~talipo/
Noel chez Dominique A https://dom-a.blogspot.fr
Dominique A chez Marie Noelle https://ladilettante1965.blogspot.fr
Marie Noelle chez Marie Christine https://mariechristinegrimard.wordpress.com
Marie Christine chez moi //alenvi.blog4ever.com/articles
moi chez Jacques https://jfrisch.wordpress.com
Jacques chez Giovanni https://leportraitinconscient.com/
Giovanni chez Dominique H https://hadominique75.wordpress.com/

 

 
 

J'ai le plaisir de recevoir Marie-Christine et la chance d'écrire sur le blog de Jacques que je remercie pour son accueil amical.

 

Accents
 
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Parfois les rêves se réalisent, parfois ils restent inaccessibles.
Paul ne le sait que trop bien. Malgré les efforts consentis pour se départir de son accent, il lui revient toujours comme un boomerang lorsqu’il se laisse déborder par ses émotions. Son rêve d’intégrer le théâtre français est resté au point mort à cause de son accent albigeois, il ne compte plus les auditions où on lui a ri au nez à la fin de ses tirades…
Ce soir, c’est son dernier espoir de jouer Tartuffe. Le jury est composé de cinq hommes et une femme entourant le metteur en scène tchèque qui monte le Tartuffe pour le prochain festival de Rocamadour. Il se lance :

« Ah,! pour être Dévot, je n’en suis pas moins homme
Et lorsqu’on vient à voir vos célestes appas,
Un cœur se laisse prendre, et ne raisonne pas.
Je sais qu’un tel discours de moi paraît étrange
Mais, Madame, après tout, je ne suis pas un ange… »

Il a dérapé sur « étrange » et sur « ange », rattrapé par son émotion et son accent. Une fois encore !
Le metteur en scène lève le bras, les doigts écartés en signe de réprobation. Il a déjà vu tant de mains se lever ainsi pour interrompre ses tirades. Il craque, s’avance au bord de la scène et déclame :

Accent circonflexe heureux d'être complexe
Accent grave aux airs de dilettante à la rondeur lascive et concave
Accent aigu flottant sur son e comme un pot suspendu
Accent québécois traînant ses syllabes dans le sirop d'érable
Accent tonique écrasant la rhétorique à s’en écorcher les oreilles
Accent du midi chantant et caressant les mots de sa nonchalance
Accent chti mystérieusement nébuleux comme le brouillard du Nord
Accent lyonnais de Guignol et de Gnafron, à l’intonation éternellement étonnée
Accent marseillais épicé aux saveurs de Méditerranée
Accent toulousain roulant son torrent rouge brique
Accent méridional au parfum de cigales
Accent albigeois qui alourdit ma voix
Accent de n'importe-où, accents d'ailleurs et de partout

Avoir l'accent de son pays c'est transporter avec soi le souvenir de la terre qui vous a enfanté, c’est laisser l’émotion sortir de sa coquille, c’est reprendre sa liberté, c’est réveiller l’enfant qui dormait derrière la cascade.

Le metteur en scène a baissé le bras, le jury est toute ouïe, figé dans un silence absolu. On n’entend que le grincement des planches sous ses pieds. Paul lève les yeux vers les cintres, met les mains en portevoix et crie aux limbes

"L'accent, c'est pas dans la gorge des uns, c'est dans l'oreille des autres !" a dit Plume Latraverse

Silence dans la salle. Les yeux des membres du jury sont fixés sur lui. Pas un cil ne bouge.
Paul finit sa tirade, d’une voix pâle, monocorde, sans aucun accent.

Peu m’importe que vous refusiez ma différence, peu m’importe que vous n’entendiez pas la
Garonne qui roule sur ma langue, peu m’importe que vous préfériez le mensonge d’une voix
formatée à la vérité de mon accent.

Silence.

Le metteur en scène se lève. Paul, du coin de l’œil, le voit faire le tour de la table.
Il tombe à genoux et reprend son accent pour hurler :

Même si vous ne m’entendez pas, je crierai mes mots sur les toits, j’irai les cracher sur vos tombes.
Malgré vous, je donnerai à ma vie des accents de joie !

Silence.

Un ange passe sous ses paupières closes.
On entendrait un accent circonflexe tomber de la cime dans l’abîme.
Paul se relève, les paupières baissées il attend le verdict négatif tant de fois entendu.

Deux mains saisissent les siennes, le metteur en scène lui tape sur l’épaule, tout sourire, et dit :

« J’aime l’originalité de votre approche !
Parfait, les répétitions commencent demain à 7 heure, je compte sur vous pour apporter un peu de sang frais à ce vieux Tartuffe ! ».

15/09/2017
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La ronde de Juin 2017

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La ronde, un sujet commun, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde.

 

Le thème de notre notre ronde, ce mois-ci, est  parfum...

 

 

J'ai le plaisir de recevoir Jean-Pierre et la chance d'écrire sur le blog de Marie Christine que je remercie pour son chaleureux accueil.

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 

Élise 
 
chez Dominique H. 
 
Giovanni
 
Hélène
 
Jacques
 
Jean-Pierre
 
Franck (ici!)
 
Marie-Christine
 
Guy
 
Noël
 
Dominique A.
 

 

 

Le parfum selon Jean-Pierre:

 

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Circulation intense, axes invisibles et accidents multiples.

 

Le soleil au zénith transmute les pétales et sépales des iris en bandes et volutes de soie que le vent déroule dans le contre-jour recherché par l’œil de l’observateur. Des enveloppes diaphanes des anciens réceptacles floraux fanés crissent légèrement lors du frottement des tiges. Il est midi, je tire et croque quelques menues et coriaces feuilles de romarin que je mâchouille et un sentiment de plénitude submerge ma pensée.

A quelques pas, balancées par une brise tiède les multiples corolles rosées et safranées d’une pivoine arbustive éclaboussent la roche d’arrière plan d’ocelles étoilées, la magie du mouvement et des couleurs opère : le jardin devient simultanément toile impressionniste et vitrail contemporain abstrait. Curieusement je suis transporté d’un coup dans le jardin de ma grand-mère à Pierrefonds, vers mes sept ans, dans une allée bordée d’œillets et roses d’Inde, le jaune pâle orangé de la pivoine a laissé place à cet autre orange vif des tagetes.

Parfois c’est le froissement recherché d’une feuille de ces annuelles qui me transfère d’emblée dans ce jardin pétrifontain. Alors cet autre sens non encore évoqué se met en branle et s’identifient les senteurs et parfums des plantes énumérées. Ce ne sont plus les sensations auditives, visuelles, tactiles et gustatives qui s’affrontent, elles s’atténuent et font place à toutes odeurs. Sous l’effet de la chaleur estivale et des vents porteurs circulent en masse des molécules odorantes. Un fond chocolaté ondule sur la plate-bande d’iris, onctueux et mousseux, puis interfère, venu de la roche voisine un subtil mélange vert, fruité et surtout hespéridé des pivoines. Le tout entre en vibration olfactive et s’entrechoque, se renforce ou s’annihile en fonction de la force des courants d’air que brassent deux cierges de cupressus. Des vers de Baudelaire, d’Ovide et de bien d’autres poètes me reviennent, se fondent et confondent ; je refuse le tri et même la recherche d’autres sources car j’ai trop en tête et en cœur sur ce fond parfumé. Un nouveau parfum est né, non une création mais une récréation.

Que la fin n’en soit sifflée, là est mon seul désir momentané !

 

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14/06/2017
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Autoportrait yanomami

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05/06/2017
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MOTUS...

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05/06/2017
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Projet artistique L'Odyssée

Comme Pénélope remet chaque jour sur son métier la tapisserie qu'elle défait le soir même afin de tromper les prétendants qui attendent la fin de son ouvrage pour pouvoir demander sa main à son père Laërte, en l'absence de son mari prétendu mort Ulysse, l'écriture des chants I à XII de l'Odyssée (qui correspondent à la moitié de l'intégralité du texte) se fait en couches successives sur une seule page blanche qui est blanchie entre chaque couche d'écriture. Ainsi, plutôt que détricotés, les mots se superposent sur un palimpseste improbable. L'histoire, lue depuis des millénaires, est inscrite dans une feuille sans pouvoir être déchiffrée. Elle brille par sa présence invisible. En nous aussi, illisible mais lue, et écrite.

Ulysse, quand à lui, erre entre les couches écrites, enseveli dans une histoire qui ne cherche qu'à le perdre.

 

 

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05/06/2017
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