à l'envi

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La ronde de Novembre 2018 : figure(s)

Pour la ronde, un sujet commun est choisi, sur lequel chacun s'exprime et publie chez un(e) autre qui publie chez le suivant jusqu'à boucler la ronde. Elle tourne tous les deux mois et chaque fois nous étourdit.

 

Le thème de notre ronde, ce mois-ci, est  figure(s)...

 

 

Ainsi va la ronde aujourd'hui,

 

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vous trouverez ma participation chez Guy en tête de liste, avec qui se ferme la ronde, et que je remercie pour son hospitalité.



Voici la participation (jubilatoire!) de Jacques, YES...:

 

Joseph contre le Dr NO
 
Oui cher Frantz, je n'ai pas besoin d’indulgence et ne vous demande pas de me croire voyez vous, car je suis revenu de la naïveté; autrefois j'ai beaucoup donné de ce côté, par politesse, par accident, ou sans doute parce que je souhaitais séduire et être aimé alors que l’indifférence et l’argent de nos semblables est ce qu'on peut leur demander de mieux, n’est ce pas ? L’anonymat, le silence, ou rien ; voici le cadeau que je demande désormais à l’existence; n’être rien pour vous, ni ennemi, ni ami : une ombre, un passager et rien de plus. 
 
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Vous ai-je déjà parlé de NO ? Mais cette pièce vide me désole, sortons, tenez : nous marcherons dans ce soleil de novembre par la rue Daubenton, c’est par ici que  je descendais vers la Seine il y a quelques années, passant par l’Ile de la Cité, puis le quai d'Anjou et je revenais par la rue St-Louis en l’Ile, traversant ce qui fut autrefois l’Ile aux Vaches, à la nuit tombée, guettant chaque fenêtre du crépuscule sur Paris je saluais ses lumières et les inconnus, j'imaginais des dialogues, dans ces carrés jaunes des façades, une silhouette dans l'appartement de tel cinquième étage, une repasseuse, un couple près de la radio, un vieillard, ou encore l'épicier qui baissait son rideau métallique. Vous allez me classer comme expert en mélancolie ou spécialiste des fantômes (une ombre n'est-ce pas un peu un fantôme), mais qu’importe !  Puis je revenais, toujours à pied vers saint Placide, et en métro vers le Quinzième et l’impasse Dantzig. L’histoire de NO, c'est donc celle ce double que je m'étais construit par nécessité à cette époque des derniers siècles de mes études, un porte-parole, mieux un ami intelligent, un frère, à qui je confiai un nom, un visage et quelques traits de caractère : ainsi était né dans les années quatre vingt, le Dr NO, petit clin d’oeil à James Bond (1962) ou si vous voulez au théâtre japonais, et au vrai plutôt image timide du refus, de l'Anarchie de l’asocial, du mystérieux voyageur de Charleville que je ressentais si fraternellement en moi et qu’il serait toute ma vie impossible d'exprimer au Palais. Je lui donnais des lunettes, une coiffure émotive, nul prénom, l'air mal réveillé, des difficultés pour sourire, deux mains - pour venir à la barre et plaider à ma place ?- , un nœud papillon pour l’allure générale et parce qu'il faut bien masquer ses misères et ce nez flaccide, beaucoup de colères, de l'humour, le goût de l’ail, du piment, de l’omelette aux champignons, des souvenirs, la haine  de la bêtise, des hurleurs-avec-les-loups, des petits esprits jaloux, spectateurs à moustache du journal télévisé, des lectrices de journaux gratuits, des auditeurs de téléréalité, des gilets jaunes, bonnets rouges, fronts de taureaux et plus généralement de tous ceux que j’avais défendus et dont j’avais en vain cherché l'amour au fil des années quand ce mot là, ce joli mot d'amour leur était absolument incompréhensible.
 
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NO appréciait la nuit d’hiver, le rire et sexe de mes compagnes, les roseaux et les bords de fleuve, et plus que tout au monde, le carré clair des bulles de bandes dessinées : il pensait à Brétécher, Solotareff, Monsieur Teste (tête ? témoin ? ) et surtout Saul Leiter ou Sempé, rêvait d’illustrer d’année en année les couvertures du New Yorker ou de livres pour enfants, et comme lui au moins m’aimait bien, et que mes affaires ne marchaient pas fort, il me jura un jour après deux bouteilles de Chablis qu’il ferait tout son possible pour que Dieu me prenne comme avocat le jour venu. En effet disait-il le Trés Haut aura fort à faire quand il lui faudra expliquer et justifier les millions de morts qu’on fit en son Nom :  une remise de peine n’étant pas possible, mais au moins sauver la tête de Dieu, etc.
 
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Les années passèrent : NO avait pris sa place à côté des autres amis, puis vint un jour habiter de l’autre côté de la rue, tout près de l’étude. Il faudra que je vous le présente, vous verrez, nous avons nos habitudes dans le matin tout neuf, au comptoir de ce café portugais du coin de la Gaité et du Boulevard Quinet : « la Liberté ».
 
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15/11/2018
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